Rodropo,, : Roman Ouvroir de Droit Potentiel, il s’agit d’une contrainte oudropienne consistant à écrire un roman pour créer du droit potentiel. La difficulté de cette contrainte est que la forme « roman » est à la fois un carcan et une absence de carcan ; elle permet tout (narration, dialogues, bouts d’essai, lettres, poèmes, etc.) mais comporte des exigences implicites : notamment une convention avec le lecteur (toujours négociable) et une vraisemblance dans le récit (ce point est sans doute discutable). Il convient de s’aider de la règle fixée par Julien Gracq : dans une fiction tout doit être fiction. Créer du droit potentiel avec un roman constitue donc une double contrainte (ou double bind) car il faut réussir à rester dans le non droit (le récit) pour créer du droit potentiel (concepts nouveaux, nouvelles interprétations, etc.) sans pour autant faire du droit-fiction. Il s’agit d’une contrainte impossible ou contradictoire. Elle oblige aussi à recourir à l‘imagination dont on dit qu’elle devrait avoir sa place dans l’art juridique, mais qui n’y est guère reconnue (W. Mastor et L. Miniato, précit). On peut à chaque blocage dans l’écriture puiser dans le réservoir des contraintes oudropiennes (v. le site Oudropo.com). ` Le roman est aussi depuis Don Quichotte le lieu de l’ironie ce qui n’est guère compatible avec le droit qui doit plutôt trancher (voir ceci dit : A. Somek, Legal Relaiton, Cambridge University Press, 2017). Il met en scène davantage la sensibilité et l’émotion que la raison et les idées si bien qu’il s’agit d’un exercice relevant tout aussi bien du mouvement Law and Litterature que du mouvement Law and Emotion (v. un état des lieux : R. Grossi, « Understanding Law and Emotion », Emotion Review, 2015 January 55-60, en ligne, depuis notamment M. Nussbaum, « Emotion in the Language of Judging », St John’s Law Review, 1996, 70, 23-30). Créer du droit potentiel avec un roman constitue une double contrainte (ou double bind) car il faut réussir à rester dans le non droit (le récit) pour créer du droit potentiel (concepts nouveaux, nouvelles interprétations,  théories juridiques potentielles comme celle de la Grande Inversion, etc.) sans pour autant faire du droit fiction. Il peut être dit qu’il s’agit d’une contrainte impossible ou contradictoire. Elle oblige aussi à recourir à l‘imagination dont on dit qu’elle devrait avoir sa place dans l’art juridique mais qui n’est guère reconnue. Ce roman peut être considéré comme expérimental (même s’il doit, pour être un roman, rester lisible voire divertissant – ceci dit ces deux conditions sont discutables aussi). Pour sa version en ligne, il obéit également aux contraintes d’un site Internet : la nécessité de liens hypertextes, de mises à jour permanentes (le droit étant en perpétuel transformation, le rodropo,, doit lui-même évoluer régulièrement) et d’images (mais ces images doivent être libres de droit et ne pas porter atteinte au pouvoir d’évocation de l’écrit). Il se peut d’ailleurs que ces contraintes devront s’appliquer à l’encodage du droit (voir Oudropo.com).

Le roman peut ainsi être un outil d’approfondissement du droit, en particulier lorsque l’on réfléchit à la prise en compte de l’émotion dans la méthodologie judiciaire. Il apparaît en effet aujourd’hui clairement que l’émotion est nécessaire à la raison pour parvenir à un bon jugement. Ayant travaillé sur le thème de l’émotion du juge (« le juge et l’émotion, mélange Rodière, 2019, en ligne sur Hal), l’auteur a tenté d’emprunter une voie non discursive pour approfondir son sujet. A travers le roman intitulé « Cabâzor », il s’agit de redécouvrir des concepts et des théories juridiques, mais surtout de réfléchir au droit en train de se faire en rapport avec les émotions des juges et des parties. Parallèlement, à une démarche théorique sur la relation entre le juge et l’émotion, il a semblé́ nécessaire à l’auteur d’utiliser une méthode fondée sur l’émotion davantage que sur la raison et ainsi d’aborder son sujet sous la forme d’un roman. Sa principale difficulté a sans doute été de ne jamais plaquer des idées et des raisonnements tout faits, mais de suivre le fil de la fiction.  Il y est question notamment d’action de groupe en matière d’environnement, de responsabilité sociale des sociétés, d’e-justice, de bien commun, du rapport homme/femme et de sexe neutre.

La réalisation d’un roman ouvroir de droit potentiel est une mise en récit de questions de droit qui peut ouvrir sur des perspectives nouvelles. Il y a une dizaine d’année le roman martien de de Philibert Ledoux (Introduction au droit martien : le premier roman juridique, Litec, 2005, textes choisis et présentés par H. Croze) a correspondu à un moment où l’on commençait à entrevoir les possibilités du droit sous l’angle de la science-fiction (v. aussi F. Defferrard, Le droit selon Star Trek, Mare et Martin, 2016, prix Debouzy). La fiction permet peut-être aujourd’hui de prendre ses distances sur les transformations juridiques profondes qui sont en cours. Elle permet à l’auteur d’évoquer ces mouvements de fond et peut-être au lecteur d’y réfléchir sans pour autant être directement confronté aux convictions personnelles de l’écrivain.

Martha Nussbaum, célèbre philosophe du droit américaine, affirme qu’il n’y a pas de meilleure préparation pour devenir magistrat que la littérature (L’art d’être juste, Climat 2015 trad par S. Chavel de Poetic Justice, the Literary Imagination and Public Life). Cela permet d’affiner sa raison émotionnelle et apprend à se mettre à la place des autres. Cela renforce l’empathie et permet une réflexion morale. L’ironie propre au roman et au théâtre habitue également à entendre des positions différentes avant de pouvoir prendre une décision.

Exemple de rodropo : Le roman Cabâzor se réfère à différentes théories du droit. Pour s’y retrouver dans le maquis des écoles de pensée juridique, il convient d’en faire la cartographie. Nous proposons en annexe donc un tableau des grands concepts juridiques et des principales théories du droit. Il est possible d’associer chaque personnage du roman avec une théorie du droit mais cette démarche peut recéler quelques pièges ; le nom des personnages peut parfois donner un indice pour les associer à une théorie mais peut aussi induire en erreur et de toute façon, aucun personnage n’est réductible à une catégorie et peut avoir évoluer au cours du roman.

Sur les fictions hypertexte voire l’article de Howard Becker, Hypertext Fiction, Cultura & Economia, Lisbon1995, Texte disponible sur le site personnel de l’auteur : http://home.earthlink.net/~hsbecker/.

Voir une tentative : Cabâzor

Nodropo,, Nouvelle ouvroir de droit potentiel, un texte littéraire qui permet de réfléchir à du droit potentiel, Par exemple: Ghost ; voir aussi Nopenpolaw,, and Shostopolaw,,