Contrainte du relathon :

Un relathon est un texte dans lequel les segments entre deux entités sont les acteurs. Une grammaire des segments possibles et de leur enchaînement tient en une douzaine de cas, les autres contacts entre humains et non humains sont faibles ou communs. Chaque segment dual est des deux côtés de la « causeuse » en bilocation. En effet, les deux relata finissent par se ressembler et peuvent être dans deux endroits en même temps. La contrainte est donc de présenter des duos en constituant une conjugaison truale (une conjugaison qui se fait à la truelle pour combler les espaces entre les pierres, les entités, de l’intérieur ou de l’extérieur). Le duel existe dans plusieurs langues dont l’hébreu, il s’agit d’un nous qui ne concerne que deux personnes, le trual est une forme de duel en français sous l’égide d’un tiers neutre. Le relathon est aussi un texte assez long et comme le téléthon est inspiré du mot marathon. Le cahier des charges invite à ne pas employer un mot que Max Jacob trouvait particulièrement laid : la relation (et aussi le lien et le rapport), et qui tend à essentialiser le duo en en faisant une nouvelle entité telle une chaîne, alors qu’il s’agit d’une distance sous l’égide d’un autre espace en transformation perpétuelle.

Application :

Nous nous séparons, enlacés

Relathon

Présentation :

Inspirée librement de l’histoire de la dynastie Bolloré, de la vie de Max Jacob (ami d’un enfant Bolloré) et de l’affaire Seznec (jugé à Quimper, la ville d’origine des Bolloré et de Max Jacob), le récit tourne autour d’un étang qui doit disparaître pour cause de pollution chimique due à l’industrie du livre. 12 relations se nouent et se dénouent autour de ce plan d’eau qui s’inspirent librement des duos réels suivants : 1.- Samuel Alexandre et Max Jacob = Samax ; 2.- Max Jacob et Raoul Bolloré Rawax ; 3.- Raoul Bolloré et Anne-Coline dite Anne-Cole (prénom fictif à partir de plusieurs souvenirs) = Rascole, la photo est celle de Violette Szabo résistante morte à Ravensbruck et espionne anglaise (espionne comme la grand-mère de Vincent Bolloré), la photo est prise  dans un article de journal suggérant des noms de rue pour la ville de Caen. Violette Szabo est née en 1921 ce qui la rend plus âgée que la vraie amoureuse de Raoul, Raoul poète en aurait été fou amoureux ;  4 Raoul Bolloré et René Bolloré Prinséou (Princé et « ou » de Raoul) ; 5.- Tailleur de lumière : Seznec (lumière en breton) et Quemeneur (tailleur en breton) ; 6.- Picax : Max Jacob et Picasso ; 7.- Kenoliet : Raymond Queneau et François Le Lionnais ; 8.- Graveuken : Marie-Christine Beurven et Zwy Milshtein = Graveuse et « Ken » héritier indirect de Max Jacob, Zwy lui a écrit un livre hommage « Adde » et donc héritier aussi de Le Lionnais ; 9.- Prinsonne : Vincent Bolloré et Antoine Bernheim (Antoine donne Anton – référence à la disparition de Perec portant sur la disparition d’Anton Voyl- et Princé = Prinsonne) ; 10.- Gouakteur : vient de Goat en breton forêt, représenté par un chêne, et qteur de quêteur, celui qui cherche (Emmanuel) et aussi Paul Labutte et Yvonne de Malestroit (sainte connue pour ses miracles de bilocation à laquelle Vincent Bolloré porte un culte) ; 11.- Gouakraon : relation entre le chêne représentant la forêt et Kraon l’étang aux noix (Kraon en breton) sur un texte de Paul Fort visitant Saint Pol Roux ;  12.- Bimoqteur : Emmanuel, l’auteur du texte, quêteur et Marie-Christine Beurven (graveuse) en Bimo. Le terme Bimo vient de la scène dans l’avion et donne bimoteur, un avion ayant deux moteurs, le texte et le livre. Il n’y a aucune connexion entre le groupe Bolloré et l’affaire Seznec et donc la relation entre l’affaire Tailleur-de-Lumière et le groupe Princé est purement imaginaire.

La contrainte a été de considérer l’espace entre deux personnes comme le véritable personnage du récit. Elle implique de nommer les intervalles entre deux personnes par un mix des anciens noms propres des acteurs appelés dorénavant par un simple mot commun. Elle engendre par ailleurs des distorsions grammaticales car l’intervalle parle au « je » alors que son interaction est conjuguée à la première personne du pluriel. De même, lorsqu’un tiers parle d’un segment, il utilise la troisième personne du singulier « il » mais l’interaction au pluriel.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Table des matières.

Présentation :

Table des matières.

Parties I.- Irréversibilités.

Segment 1.- Samax

1.- Le cœur de Samax

2.- Chant de Samax

3.- Glose sur Samax.

Segment 2.- Rawax.

1.- Le cœur de Rawax

2.- Chant de Rawax

3.- Glose sur Rawax.

Segment 3.- Rascole

1.- Cœur de Rascole.

2.- Chant de Rascole.

3.- Glose sur Rascole.

Segment 4.- Prinséou.

1.- Cœur : Plomb, Prinséou

2.- Chant de Prinséou.

3.- Glose de Prinséou.

Segment 5.- Tailleur-de-Lumière

1.- Cœur de Tailleur-de-Lumière.

2.- Chant de Tailleur-de-Lumière.

3.- Glose sur Tailleur-de-Lumière.

Segment 6.- Picax.

1.- Cœur de Picax

2.- Chant de Picax.

3.- Glose sur Picax.

Partie II.- Réversibilités

Segment 7. Kenoliet.

1.- Cœur de Kenoliet.

2.- Exercice plastique de Kenoliet.

3.- Glose sur Kenoliet.

Segment 8.- Graveuken.

1.- Cœur de Graveuken

2.- Chant de Graveuken.

3.- Glose sur Graveuken.

Segment 9. Prinsonne

1.- Cœur de Prinsonne.

2.- Chant de Prinsonne.

3.- Glose sur Prinsonne.

Segment 10.- Gouakteur

1.- Cœur de Gouaqteur

2.- Chant de Gouakteur.

3.- Glose sur Gouakteur.

Segment 11.- Gouakraon.

1.- Cœur de Gouakraon

2.- Poésie de Gouakraon.

3.- Glose sur Gouakraon.

Segment 12.- Bimoqteur.

1.- Le cœur de Bimoqteur

2.- Chant de Bimoqteur.

3.- Glose sur Bimoqteur.

Envoi : il y avait

Centon sur les séparations enlacées.

Références.

Pour le colophon :

Parties I.- Irréversibilités.

Segment 1.- Samax

1.- Le cœur de Samax

Près d’un hippopotame au bord de l’étang, j’avons vu courir des chars à deux jumeaux entre les arbres.

Ces arbres ne sont plus que les palmes bleutées de deux aigles qui crient : « Sam Max ! ».

Ils grossissent pour se repousser vers le haut, fléau-massue boule à piques.

Souvenirs diffus de l’anastomose d’un châtaignier et d’un hêtre où je gravâmes, avec 75 ans d’intervalle, notre nom de grand-père-petite-fille : « Samax ».

 Mémoires précises des courses de charriots dans le ciel ! Deux voyageurs !

Ce ne sont plus que de pauvres jouets tels qu’on les verrait en creux !

Les jumeaux n’ont plus de vie et nos deux voyants sont casqués de noir.

Les symboles qui nous distancient ne sont que le galop élastique autour de l’étang.

Quelques hauts-fonds en ronde bosse se cachent à notre douleur.

A 13 ans, je voyons un jeune de 20 ans comme s’il en avait trente.

A 75 ans, on s’étonne de ce qu’aucun de ces jeunes de 20 ans ne ressemble à ses amis d’enfance.

Je flottons au-dessus du temps et sommes perpétuels : ma partie ancienne couvre le 19° siècle, ma partie la plus récente le début du 20°.

Je sommes présent par transformation dans une série jusqu’à demain.

Mon pôle le plus récent ressemble comme deux gouttes d’eau au plus ancien.

Ce qui fait les traits du creux entre les visages est ce qui nous unit quand je nous promenons dans les bois en face de la ville jusqu’au bout de l’étang.

 Je suis le vide entre deux pousses d’arbres mobiles.

L’ancienne et la nouvelle partie font corps avec le même tremble de 3000 ans.

Mes extrêmes ont une sorte de densité en trompe l’œil car on croit voir deux personnes alors que c’est moi qui existe au milieu des deux troncs joints.  Sans densité, fait d’écart et de silence, en réalité fort intense par effet d’infini.

 Mon extrême ancien est venu de nulle part et a reçu mille vents.

Je sommes né d’une absence car mon extrême récent n’avait nulle part où se mettre : sa mère et ses ainés prenaient toute la place, et ma partie la plus ancienne n’avait guère de contact avec ses enfants.

Mon pôle ancien a créé le style gallimoron en incrustant des motifs de broderies sur des costumes ou des meubles contemporains ; le plus récent a créé le mot pyramidisme et a été précurseure de l’ouvroir de plutonium torrentiel.

 Je décidâmes un jour que je n’allions plus marcher pour parler.

J’optâmes pour une causeuse à roulette en forme de S : les deux fauteuils étaient accrochés mais pas dans la même direction ; ils permettaient de se parler à quelques centimètres sans être entendus, chacun ayant le dos tourné à l’opposé de l’autre.

Dans le grand salon toujours plein de marmots et de passages, la causeuse à roulette pouvait avancer avec nos pieds au sol.

J’avions aussi installé, entre nous, une tablette solidaire.

J’avons prévu des rails sur les escaliers et une corde d’assurance permettant de ralentir la descente.

Un jeu de poulies permettait de remonter.

Dehors, dans la rue, nous avancions assis, avec nos quatre pieds jusqu’à l’étang.

Là-bas nous serrions des châtaignes d’eau, les mâcres.

J’avons également organisé des spectacles tournant avec ce meuble, chacun parlant tour à tour vers le public.

J’y avons étudié l’histoire, les langues, les étoiles et les secrets.

Quand ma partie ancienne fut sur le point de se réincarner, ma partie jeune s’y joignit pour ne faire qu’un.

Avec une allumette jaune, au fond de l’étang calme, j’allumâmes une bougie.

Quand elle s’éteignit ma partie ancienne était partie.

Je-nous : c’est par âmes enlacés.

2.- Chant de Samax

Knūs amasse les cno

Know cornique va savoir

Germain Nuss nut en anglois

Kraon gallimoron, cnau gallois

Ressort d’une arbalète, corde tendue

Partie glanduleuse d’un morceau de viande

Pelote graisseuse des muscles lombaires du bœuf

Pièce en cylindre pour l’entraînement d’un cardan

Nom donné au charbon calibré dit tête de moineau

Roue dentée d’un moulin à café broyant la graine

Écrou entraîné en translation par une vis sans fin

Viande de la cuisse, des lombes ou de l’épaule

Cotine, courtepointe, dent de lait, quenotte

Cinglé, Testicule, Noix de beurre

La noix de ce moulin est usée

Noix de gigot, de côtelette

Gîte à la noix

3.- Glose sur Samax.

Leur pôle ancien était méchant mais réjouissant : il était le dernier né d’une lignée de la Sarre devenue prussienne arrivé en Villocellerie en 1825.  Il fuyait les persécutions des Gardiens du Livre.

Avec son père, il traversa toute la Villocellerie, épousa une femme lorraine rencontrée à Montertre puis continua vers l’Ouest jusqu’à Quindé.

Il y créa un atelier de broderie et de meuble ainsi qu’un magasin d’antiquité. Il eut toutes sortes d’idées qu’il transmit au sein de Samax.

Les deux pôles se ressemblaient comme deux œufs : le premier avait toujours un visage mûr et chauve alors que la seconde avait toujours un visage jeune et tout aussi chauve ayant décidé de se raser la tête.

Ainsi, leurs proches croyaient parfois que l’un ou l’autre se trouvait dans deux endroits en même temps.

Samax se promenaient chaque jour le long de l’Esse puis de l’étang de Kraon (qui veut dire noix en gallimoron).

Il se parlaient à eux-mêmes parfois tout fort sans s’en rendre compte. Il étaient comme ces trembles qui ont un tronc ancien et une jeune pousse, oubliée par le faucheur. Les deux n’en forme qu’un : la jeune a l’âge du vieux car ils communiquent par le sol, par drageonnement.

Leur commerce intérieur est une transmission de territoire.Samax-le-vieux parlaient intérieurement de Prusse à Samax-la-jeune-pousse et de ce qu’il avaient appris en voyageant :

 « Quand j’étions Samax, je marchions entre les marronniers du bord de l’Étang de Kraon à quelques kilomètres de l’eau salée.

Cet autre de moi nous disait qu’il n’était pas d’ici, qu’il avait traversé la Prusse et la Villocellerie, tous les livres, toutes les langues, toutes les sciences pour arriver jusqu’en pays villarcotais.

 Il était marchand et poète, artisan et artiste, discret magicien.

Je nous rejoignions naturellement après l’école, je traversions les passerelles de l’Esse et je suivions la montée puis la descente de la marée jusqu’à l’étang de Kraon. J’étions comme le Rhin arrivé à l’Atlantique par une route invisible.

Je nous placions des points dans l’espace. L’hiver, c’était dans le ciel : « Tu vois le charriot de la grande Ourse, cela fait sept étoiles brillantes, tu ajoutes le triangle d’été et tu as dix étoiles défilantes. Tu peux simplifier le monde en dix points, sinon il est infini et tu ne peux rien en dire et tu ne peux rien en voir. A partir de ces dix points, tu peux repérer des astérismes (ensemble d’étoiles) moins brillants comme le Dragon et le Petit renard. Nous, Samax, sommes la Constellation du Dragon qui serpente sans être ultra brillante entre des étoiles plus éclatantes » ».

 La petite pousse de Samax s’y perdait dans tous ces détails, mais retenait que l’infini pouvait être approché par groupe de dix et que ce qui était dans le ciel était aussi sur terre.

L’extrême vieille-pousse lui disait qu’il existait une infinité de caractères humains mais qu’on pouvait aussi en retenir dix. Ce n’était pas les points qui comptaient mais les espaces entre les points.

Il tracèrent ainsi un graphe à distance d’unité.

Le graphe s’appliquait au corps humain qui avait dix points : trois dans la tête entre les deux yeux, en haut du crâne et à la jonction du cou et sept dans le corps : gorge, cœur, plexus, ventre, nombril, parties génitales et anales.

Il appelaient cela des zones d’énergie en disant que ce n’était pas scientifique mais analogique. Qu’il ne fallait pas avoir peur de l’analogique mais toujours le laisser à sa place non scientifique, car on ne pouvait pas établir son existence.

C’était le monde des symboles et des représentations Intérieures. Une série de points exprimait la bienveillance, une autre série parallèle, la rigueur de la justice : « C’était dans cette série que J’étions réunis ».

Samax pouvaient être en deux endroits en même temps, il pratiquaient la bilocation.

Les Princé, une dynastie d’imprimeurs voisine à Quindé, avaient créé un ouvroir de broderie pour les femmes de typographes. Certaines travaillaient pour Samax. Les deux familles étaient liées. Elles ont voyagé en parallèle.

La partie la plus récente, la jeune-pousse-de-feuille, s’est trouvée à 13 ans avec une partie ancienne morte et des migraines insupportables.

La migraine n’enserre que la moitié de la tête. Elle correspond parfois à une partie ancienne disparue, à une amputation dont le fantôme est deux fois invisible.

En raison de ses douleurs, Samax furent envoyé six mois dans le service des docteurs Charroko à Montertre.

Leur idéalisation fut l’effet, chez Samax, d’un mouvement transférentiel de mode.

Il furent particulièrement intéressé par un double fauteuil roulant et trépidant à ressort appelé Martin qu’avaient inventé Charroko pour rééquilibrer les malades de Parkinson en binôme.

A son retour à Quindé, Samax retrouvèrent leur étang, malgré la disparition du pôle vieux puis se transformèrent en Rawax.

Segment 2.- Rawax.

1.- Le cœur de Rawax

Nos deux pôles ont le même âge, même si l’un fait les racines et l’autre les feuilles. La-jeune-pousse est devenue la-feuille-au-vent et la racine paraît assez solidement plantée pour faire le tri.

C’est dangereux d’être une racine, il faut avoir voyager avant de s’enraciner ; il faut supporter les champignons capricants.

La-feuille-au-vent admirait la racine et l’aimait secrètement.

La feuille faisait levier en désirant unilatéralement la racine.

Il y avait en moi, Rawax, un amour non partagé et la beauté indivisible de la bilocation.

J’avions en effet la capacité à être à deux endroits en même temps : nos amis du lycée de la Tour d’Auvergne s’étonnaient : « mais je viens juste de te voir, comment as-tu fait ? ».

Il était question de la théorie des dix espaces de l’univers et de la possibilité de prédire le présent.

Je nous asseyons parfois sur la causeuse à roulette. Je fabriquions des textes à partir de fragments proposés par l’une et l’autre collés sur la tablette.

La feuille aimait l’approche émotive et colorée de la racine.

Je cessâmes de tourner autour de l’étang quand la racine partit étudier à Liren et la feuille à Montertre.

Je fûmes effacés de la réalité quand la feuille reçue une lettre d’un certain Rascole provenant de la ville de Liren, qui le prévenaient de « l’accident » survenu à la racine.

La feuille réagit aussitôt : « Dites-nous que ça n’est pas mortel, rassurez-nous, je vous en supplions, rassurez-nous de suite. Vous aussi vous semblez vous aimer, vous savez ce que c’est que cet autre vous-même ; mais pourquoi m’annoncer son suicide ? Saviez-vous que je l’adorions ?».

Quand la nouvelle fut confirmée, je chancelâmes accroché par un bout à un fantôme sans poids qui se jeta dans l’étang.

2.- Chant de Rawax

J’ouvrons à deux battants le tunnel de la glaise ; et chacun

Se précipitons, je crions, on se bousculons ;

Un duo tient dans leur main une bougie de cire

Pour l’offrir au muret de l’horizon ; un autre duo qu’on admire

Porte des ex-photos en deux parties, tout meurtris par les chocs :

A ces lieux de tailleurs et brodeurs de lumière

J’entourons les rochers de feuilles et de branches

Et des doubles vagues vêtues de longues robes blanches unies

Soutiennent le varech de la nuit

La crique aux deux chemins, on la confie à un couple de baigneurs ;

Les tee-shirts brodés d’or qui marchent en tête

Relient les hommes de peu entre eux. Du faîte

De la crique entre les deux falaises, les duos en silence, à genoux

Regardent défiler le long cortège à trous et tous

Répètent quelques actions de surf, quand les deux arbitres les maudissent en passant. Chants champêtres

Timide et douce flore de notre pur granit

Élan du moindre cœur vers le grand infini

Soit dans la falaise et le long de la route

Combien vous remuez les peurs des coureurs qui écoutent !

Comment croire lorsqu’on entend crier vos porte-voix,

Qu’ils étaient plus fervents les Gallimorons d’autrefois.

3.- Glose sur Rawax.

Rawax, le lieu d’une pollinisation.

Son embout racine a un problème : il doit devenir l’héritier de l’imprimerie et ne le souhaite pas.

Rawax cessent de tourner autour de l’étang de Kraon : lafeuille part loin à l’est à Montertre tandis que la racine, s’en va à mi-chemin, dans la capitale provinciale de Liren.

Il ont fini par se ressembler et parfois dans Quindé, on croîtvoir la même personne en deux endroits différents au même moment.

Dans la nuit du 4 au 5 mars 1895 la racine à laquelle la feuille voue une admiration empreinte d’exaltation, se déconnecte de l’intérieur et se jette dans le fleuve Esse.

La feuille en a porté le deuil toute sa vie.

Rawax a survécu dans la feuille qui a échoué, cette année-là, à tous ses examens. 1896 fut une année de redoublement, tant à la Faculté de droit qu’à l’École coloniale : la feuille n’était plus accrochée à rien, jusqu’à ce qu’elle se reconstituent dans Picax.

Il ne tourneraient plus autour de l’étang de Kraon.

Rawax se séparèrent à jamais au lycée.

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Segment 3.- Rascole

1.- Cœur de Rascole.

Au cours de mes rendez-vous dans les jardins du Thabor autour du bassin, la racine expliquait à son parti de vieille famille la fin du Rom-balisme, le dépassement du symb-holisme et le retour du baroque irrelationnel avec la poétimatique d’échange que je pratiquions.

Ma partie d’ancienne famille se sentait dépassée et mal à l’aise, nous trouvant trop emportés, un peu tout fou et pas aussi amoureux qu’elle ne l’aurait voulu.

La racine était tiraillée entre son passé de poétimate et son avenir d’héritier d’une entreprise d’imprimeries.

Je paraissions à ma partie vieille famille une construction fragile, déséquilibré.

La racine était sans doute géniale mais pas assez terre à terre, pas assez humain, alors même que mes écrits en dépendaient pour ne pas se disperser. Je ne comprenionsque trop bien maintenant l’idée de fusion incompossible dont il parlait sans cesse.

Elle fit attendre chacun de leur rendez-vous et les espaça pour essayer d’assouplir leur distance.

Elle généra de la jalousie. Je grandissions encore et mes textes se faisaient plus sauvages, plus maritimes encore. J’inventions des mots comme si je voyions l’avenir ou justement ne le voyions pas, comme si je n’avions plus de langue commune.

Le lit minimal d’accomprennement élance le déversoir d’êtres incendifiés. Les déboires du terrain nappent les fossés : colmatage du pressoir des vidanges ; renversement des distances buvables des arraisonnées ; volange du batardeau au miroir ; territoires aquatiques salmonidés en superature ; frayères de prélèvement des écostiques altérés ; indésignés des températurels ; dire-part-dire des eaux du plan d’eau. Il faut aquatiquer les sources des manœuvres et princidentifier les travaux du hublot. Les poissons évitent l’alimension de ruisselles. Les mineurs équilibrent la violence par pompagnement : système Debord du situé dérivé ; plan d’envahissage répondant au survers ; plein bord de l’opération du suscepteur créatique.

J’étouffions, un peu décalés dans la ville de Liren, déjà une capitale, où l’on n’était pas si grand et si sauvage qu’à Quindé.

Ma partie vieille famille cessa d’un coup d’idéaliser la racine. Elle parla en nous comme à un enfant.

Je cessâmes de tourner autour du bassin.

Ma pointe de vielle famille voulait découvrir le monde et voyager. La racine voulait me mener au bout, ne comprenant pas le désintérêt de son autre pointe.

Je fûmes désintégré quand ma partie vielle famille partit pour Montertre poursuivre ses études.

Elle lui demanda de la serrer fort ;; il ne sut que l’écraser jusqu’à ce que je me disjoignâmes.

La racine désaffiliée se jeta dans le fleuve Esse accroché à une pierre.

Elle n’avait pas compris qu’elle était encore liée à une autre racine de son enfance, son frère, qui se retrouva seul et se jeta à son tour dans la rivière deux ans après.

Il ne resta qu’un demi-frère, né d’un deuxième lit.

Je devinmes Prinséou conservant le fantôme de la racine auquel je devions tout.

 Je nous déses-séparâmes, empierrés.

2.- Chant de Rascole.

Vides karstiques entre deux mammifères

Marins bisques sismiques du dragage à la traîne

Cavités karmiques fortes des eaux souterraines

Géodésirs des puffins de Baudelaire

Karsification des calcaires sans faille géologique

Un pieu en acier rempli de calculoïde

Un treillis métallique en forme de pyramide

Boues visqueuses lubrifiantes d’une toiture géodésique

Les joues et déblais d’un marnage en satin

Un tuyau se dépose au fond des fonds marins

La turbidité des eaux des peuplements benthiques

Une couche de sédiments aux effets acoustiques

Forge de raccordement

Commodité du voisinage (bruits, vibrations, odeurs, émissions lumineuses ?)

Scellement du lessivage pendant le coulage

Blush soyeux le long du tracé des câbles

Graviers et galets de l’encorbellement des galbes

Rose des pâles encordements sous les matières rugueuses

Risques de contamination par des substances bulbeuses

Déplacements de blocs bileux sur la surface planète

Injection entre les pieux des parois de la jacket

Licornes électriques sur un lit de civelles

Huiles graisseuses d’hydrocarbures

Silice et carbone de chaux dans la corbeille

L’attentat au couteau viral à toute allure

Elle remonte le fleuve avec toutes ses lingues

Ambiance sonore marine de sa ponctuation ,;

Impact auto-tistique des magistères meringues

Audiogrammes retenus de leur transpiration

Les hauts vols des tripodes monopieux

La collision des machines en mer d’Yeu

L’anglais muffin du moineau en transit

Le piano barge à queue noire en sourd site

Le plongeon imbrin dans l’huitre caprice

Les tortues céphalopodes chanteuses

Le cargo luth des migratrices

Séparation transport des productions angeleuses

Les amphihalins chiroptères s’encrochent

Démantèlement de la pipistrelle de nautil-bourse

Vols chromatiques des anguilles en accroche

Ils sont catadromés de sel au couteau par un ours !;

3.- Glose sur Rascole.

Une fois déracinée à Liren, où passe le fleuve Esse, la racine croit transformer Rawax avec un bon parti de vieille famille : Rascole se forme à la faculté de droit place Hoche.

Les deux extrémités dansent comme si elle ne sont qu’une. Elle sont bordées par des boucles de vagues d’Iroise, plus hautes que le triangle pointe en bas, couvertes par un espace châtain aux volets de fenêtres reluisantes, les corbelets entourant un linteau blanc. Elle sont cheval et cavalière admirative de son pur-Sang.

Elles écrivent des textes objectifs.

Samax a rapporté à Rawax de son séjour de santé mentale chez Charroko une connaissance de l’inconscient inconnue à Liren. Sur ce modèle, Rascole entend dépasser le symbolisme par l’irrelationnel. Elle notent tous leurs rêves et mélangent les mots, puis travaillent cette pâte jusqu’à l’émotion.

Leur bout de vieille famille descend des Sévigné-Grignan ;la lignée de son bout d’imprimeur est persuadé d’avoir pour mission de retracer l’histoire de la langue et la littérature villarcotaise.

Mais Rascole ne dure pas. Elle se vident de sa substance radicale, doutent de ses dons, entrent dans un cycle jaloux et ennuyeux.

Le

Plongeon de la racine est peut-être la conséquence d’une ambition démesurée et d’une désaffiliation non seulement de Rascole, mais aussi de Rawax.

Tout se passe comme si la fusion de ce dernier a empêché par avance le premier de se développer.

Rascole se séparent enlacés dans l’Esse.

Segment 4.- Prinséou.

1.- Cœur : Plomb, Prinséou

Redevable à la racine de nous avoir laissé l’imprimerie, je devînmes Prinséou.

J’unissons secrètement l’héritier de la dynastie d’imprimeurs, à celui qui aurait dû hériter, s’il ne s’étaient jetés dans le fleuve (entrainant d’ailleurs son jeune frère à connaître le même sort un peu plus tard).

Mon extrême dynastique est né, quelques années après la racine, d’un second mariage de ses parents.

L’ancêtre avait épousé la fille d’un imprimeur venu de Malestroit. Le premier de la dynastie n’était donc pas le fondateur mais un simple segment.

 Ce n’est pas ce que raconte la légende familiale de l’entreprise, bien sûr.

Le premier de la dynastie avait épousé la fille du fiancé qui avait monté une affaire florissante d’imprimerie. Mais

Il eut une attaque cérébrale, resta paralysé et dû être remplacé par son gendre.

Le demi-frère de la racine n’aurait pas dû être l’héritier et est resté attaché à celui-ci par une dette inextinguible au point de devenir ce que je sommes : Prinséou.

J’avons fait venir de Chine (grâce à deux cousins mariniers) un papier d’une grande finesse pour pouvoir éditer toute la littérature Villarcotaise.

Jusque-là l’imprimerie s’occupait surtout de presse, de publicité commerciale et de faire-part.

Elle se mit à imprimer les œuvres complètes des grands écrivains comme aurait dû l’être la racine : toute la Pléiade depuis Ronsard-du-Bellay jusqu’aux auteurs contemporains comme

Zojarry ou Perlionnec.

Peu m’importait d’écraser la concurrence, je rachetions des imprimeries que nous avions mis sur la paille. Pour être plus compétitifs, je mîmes en place une chaîne industrielle intégrée :

  • Une scierie à Morlaiox,
  • Une papèterie à Bénodiern,
  • L’imprimerie centrale à Quindé.

Peu nous importait les écrivains antérieurs à la stabilisation de la langue ; les grands rhétoriqueurs qui mélayaient les langues régionales et le latin ne nous intéressaient guère.

Je tentâmes ainsi d’avoir une vision pour les générations suivantes.

Chaque matin je conversion en silence autour de l’étang.

Je ne transmettions pas seulement une affaire, mais un projet, une langue, une littérature, une manière de voir le monde.

Il fallait conserver une culture classique et ne pas s’américaniser.

J’avions conservé la bibliothèque poétimatique de la racineet prenions soin de travailler avec des éditeurs de textes courts même s’ils n’étaient pas les plus rémunérateurs.

J’espérions qu’ainsi la racine ne serait pas un fantômenéfaste à notre dynastie.

Depuis tant de siècles, moi qui vivons le plus souvent dans nos âmes passées, je me souvenons mieux des figures de nos ennemis dans les arbres de l’hippopotame de l’étang que de celle du roi pêcheur.

Genoux, ces parias mentent sans lasser

2.- Chant de Prinséou.

Scion

Bouchon

Faux sésame

Orpin pubescent

Barbon de Virginie

Molécule à grandes oreilles

Anémone fausse-hominicule

Hydrocotyle à feuilles d’Hercule

Dominicule campanile de thyrse

Angélique vraie faux nénuphar

Anémone à fleurs de saucisse

Saule rampant qui se répand

Flûtiaux fausset-minuscule

Ciguë vireuse impatiente

Calamagrostide négligée

Chastel Racine de corail

Céphalansthère rouge

Colle au glossum viril

3.- Glose de Prinséou.

L’arrière-grand-mère de la partie brodeuse de Bimoqteur – l’auteur double de ce livre-causeuse – a été embauchée par Prinséou pour créer un ouvroir de broderie.

Son arrière-petite-fille essaie maintenant de convaincre l’embout de nulle part, chargée de mettre bout à bout ces segments, de la complexité de Prinséou :

  • Selon ma grand-mère qui me parlait de ce qu’avait vu sa propre mère, Prinséou – les patrons de l’imprimerie – pouvaient être vus dans deux endroits en même temps. Il visaient pas la défense de la langue villarcotaise.

La partie nulle part de Bimoqteur réagit à ces propos :

  • Tu allez me faire croire que Prinséou ne cherchaient pas l’argent avant tout mais quelque chose de plus palpable et ambitieux : la défense et le sauvetage de la langue Villarcotaise ? Que vivait au fond de lui la racine, le demi-frère suicidé au point de former un segment ? Que par-dessus le marché, les deux parties de Prinséou, dont une morte, vivaient en bilocation ? Tout cela parce qu’il y a un trou dans leur généalogie officielle, parce qu’un héritier potentiel s’est suicidé, puis un second (son frère), et que ces suicides sont introuvables dans les présentations destinées au public par l’entreprise devenue multinationale ?
  • Je ne te le faisons pas croire, je ne le savons pas, j’essayons de décrire ce que je lis, ce que je comprends. La racine née en 1875, génie adolescent de la poétimatique, sorte de Verbaud de Quindé, a formé Rawax avec la En 1895, Rawax s’est disloqué quand un point de son segment s’est suicidé à la suite d’un désespoir amoureux à Liren à l’âge de 20 ans en se jetant dans l’Esse. Lorsque la feuille a rencontré un autre génie, cette fois de la peinture, Rawax s’est transformé en Picax. La feuille ne pouvait pas ne pas admirer, être exaltée par le génie de l’autre et se mettre minable pour aimer aussi fortement que cela pourrait le tuer.
  • Ce que tu dis est que le fantôme de Rawax n’est pas mort et que l’actuel représentant de la dynastie d’imprimeurs, le segment descendant en partie de Prinséou, Prinsonne, en est marqué à vie, c’est bien ça ?
  • Oui, la preuve en est que Prinsonne vouent, lui aussi, un culte à la bilocation d’Yvonne de Malestroit-la-Butte.
  • Et alors ?
  • Prinséou sont à l’origine de ce culte familial pour la bilocation, il avaient d’ailleurs un ancêtre provenant de Malestroit.
  • Tu veux dire qu’ils n’étaient pas propriétaires ?
  • C’est d’une autre bilocation dont je te parle. A la fin de sa vie vers 1950, Prinséou ont financé une chapelle dédiée à la bilocation d’Yvonne de Malestroit-la-Butte dans l’église de Locmaria.
  • C’est quoi cette bilocation ? s’enquit la moitié nulle de Bimoqteur.
  • Selon mon arrière-grand-mère, Prinséou étaient particulièrement admiratif d’Yvonne de Malestroit-la-Butte auxquels on attribue le don de bilocation. Il s’agit d’un phénomène supposé, consistant pour un segment d’être présent simultanément en deux lieux distincts et par hallucination à faire croire que le corps de ses relata se trouve lui aussi en deux endroits. L’Église recommande la méfiance envers les cas dits paranormaux de bilocation. Ainsi, l’évêque italien Alphonse de Liguori a pu être présent en même temps à Naples et à Rome au moment où le pape avec lequel il formait un segment mystique y mourait : il s’exclamèrent : « Vous pensiez que je dormions, mais non, j’étions ensemble pendant que ma partie pape décantait. » On sut peu après que la partie pape était morte le 22 septembre 1774, à l’heure exacte où l’évêque était sorti de son sommeil. Il est aussi dit que Malestroit-la-Butte ont eu ensemble plus de cent expériences de bilocation dont quinze auraient été contrôlées objectivement. La plus importante aurait eu lieu le 17 février 1943 dans le métro Montertrien, alors que la partie mère se trouvait dans une cellule de la prison du Cherche-midi. Il se voient dans un wagon et leur pôle de la butte s’étonne « – Je sommes libérés ?
  • .. Je ne sommes pas libérés… je sommes en prison… je subissons la torture, debout devant un mur… j’avons la tête dans une sorte d’étau pour nous faire croire que je sommes seule au monde…  je sommes présents en ce moment même, simultanément dans la prison et dans le métro…
  • Je sommes en deux endroits ? dit la moitié butte à voix basse. La moitié mère inclina la tête, puis ensemble il se levèrent lentement, silencieusement, avec un entre-visage de douleur. Les miroirs de leurs yeux étaient agrandis et fixes, leurs paupières d’étain ne battaient plus. Puis il abaissèrent l’espace entre leurs têtes. C’était bien eux, il se voyaient, s’entendaient respirer, il se touchaient. Pendant ce temps le métro roulait avec fracas. À la station Denfert-Rochereau, il stoppa. La partie mère, sans demander à la moitié de butte où elle allait, sans lui dire un mot d’aurevoir, sans même la regarder se distendre, descendit, se détourna toutefois sur le quai pour lui jeter un regard de détresse et prit la file des voyageurs. Il s’étirèrent ainsi comme on écartèle un cheval ; il devinrent subitement invisible, trois ou quatre mètres avant de prendre le couloir de sortie”.

La pointe de nulle part de Bimoqteur s’inquiète de cette information :

  • Je n’aimons pas trop l’irrelationnel, mais je dois dire que ce Prinséou sont plutôt sympathique, il ont une vision et paraissent protéger leurs descendants en transformant positivement les suicides de deux d’eux.
  • A vrai dire, Prinséou avaient une face d’ombre, il sont impliqués dans l’affaire Tailleur-de-Lumière.

Segment 5.- Tailleur-de-Lumière

1.- Cœur de Tailleur-de-Lumière.

Je n’avouerons pas si ma part de lumière (Seznec en gallimoron) a tué mon ombre car je ne sommes pas une balance. Le corps de mon ombre n’a jamais été retrouvé.

Je sommes en bilocation :  parfois par hallucination mes extrêmes peuvent se voir en même temps dans deux endroits différents.

Ainsi, j’avons pu être aperçu en Amérique dans les années 1950 quand j’étions à la fois au bagne de la Guyane et aux Etats-Unis : forme distendue qui cherchait sans fin son terme disparu.

Mais j’étions déjà liés infiniment sans possibilité de me disjoindre.

Ma partie légumineuse dirigeait la scierie ; mon ombre, la papèterie.

Après la 1re guerre mondiale, je travaillions avec des éditeurs Montertrois et ne pouvions pas répondre à tout leur besoin, manquant de moyens de transport.

J’avions entendu dire dans une imprimerie que les Américains voulaient vendre des camions blindés de la marque Cadillac qui avaient été utilisés pendant la guerre.

Ma pointe légumineuse départit en Cadillac le 24 mai 1923 de Morlaiox. Je nous retrouvâmes avec mon ombre à Liren. Je nous rendions à Montertre pour organiser une transaction, avec les Russes, de camions blindés de la marque Cadillac.

Je discutâmes en chemin d’autres affaires qui nous venaient à l’esprit.

Tout était encore à redéconstruire.

Je n’avions pas conscience un instant que nos développements chimico-industriels allaient détruire l’étang autour duquel j’imaginions l’avenir.

Le 25 mai 1923, après de multiples pannes de la voiture Cadillac que je conduisions, je nous séparâmes à Dreux ; mon ombre prit le train.

A Houdanda, ville d’Anne de Gallarmor (l’ancienne propriétaire), je restâmes en bilocation, tant chacune de mes extrémités se ressemblait.

On me vit en deux endroits différents au même moment.

Je me rendîmes au Havricote d’où j’envoyâmes un télégramme le 13 juin 1923 disant que j’allions bien.

J’écrivîmes sur une machine à écrire retrouvée plus tard dans la scierie.

Je ramenâmes la Cadillac décapotable de 36 chevaux à Morlaiox le 27 mai 1923.  Je clamâmes mon innocence, malgré qu’il nous fut impossible d’indiquer où se trouvait ma part d’ombre.

Je perdîmes mon procès en 1924 aux assises de Quindé.

Selon les juges, ma partie légumineuse avait tué mon ombre et l’avait fait disparaître de telle sorte que je sommes devenus Tailleur-de-Lumière (Tailleur se dit Quemener en gallimoron).

La relation fantôme vouée à hanter les esprits des descendants pendant sept générations.

Je fûmes envoyer sur l’île Royale, une des trois îles formant l’archipel du Salut.

Les gardiens tapaient avec des bâtons sur nos cages, j’écrivions sur les murs avec un tesson de bouteille.

A notre retour du bagne, je vécûmes près de la place de la Nation à Montertre.

Je revîmes mon ombre en songe enterrée près de la scierie mais je n’y étions pas.

Ma partie légumineuse mourut des suites d’un accident de camionnettes.

Nous, Tailleur-de-Lumière, je continuons de hanter les esprits jusqu’à avoir former, avec la petite-fille de la lumière,une graveuse persuadée de son inexistence.

Je nous sommes enlacérés inséparés.

2.- Chant de Tailleur-de-Lumière.

Au second son qui retentit, se soulevant de nos os d’entre-flancs

Regardant nos yeux flamboyants et farouches

Voici que le rien entre nos deux bouches chante la juteuse effloraison

A l’heure où le rayon de lumière sur le bagne déraille

Revenons au tribunal. Revenons aux assises.

Je verrons les bras-noués aussi nues que salades.

A la sortie, personne pour nous bonsoirer, sauf la graveuse

 « Est-il vrai que j’avions des criminels comme ancêtres ? »

  • Ah l’infini !

                                               Le bagne jusqu’à pas d’âge

Plutôt que de notre petite-fille recevoir ce message !

Forçats et petite-fille pleurions le soir

En forgeant un vitrail dans le couloir

3.- Glose sur Tailleur-de-Lumière.

On a beaucoup parlé dans la presse de Tailleur-de-Lumière sans jamais les nommer qu’à travers sa part de lumière et sa part d’ombre. On en a fait des personnages de roman séparés par la mort dans une affaire sans fin, multipliant les révélations et les révisions.

On n’a pas forcément vu, qu’au-delà de la mort, Tailleur-de-Lumière étaient devenu un fantôme incapable de dégager la part de lumière du corps introuvable de sa part d’ombre, surtout si le premier a fait disparaître le second.

Au cours du trajet de Tailleur-de-Lumière de Morlaiox à Houdanda via Liren et Dreux entre mai 1923, le corps de la partie ombre a disparu puis réapparu supposément par l’envoi d’un télégramme parti du Havricote.

Tailleur-de-Lumière sont condamnés par la Cour d’assises de Quindé en 1924, sont envoyés au Bagne de Saint-Laurent du Moroni puis sur l’île Royale. Il sont libéré, ont vécu à Montertre.

Tailleur-de-Lumière a pour origine une rencontre début 1923 entre Prinséou et la part d’ombre de Tailleur-de-Lumière, deux conseillers généraux et industriels de Pengallarbed. Prinséou voulaient opérer un rapprochement politico-économique avec l’ombre, propriétaire d’une papeterie.

Il s’étaient convaincus que l’imprimerie ne suffisait pas pour défendre et illustrer la langue villarcotaise et qu’il fallait avoir une « chaîne de valeur intégrée », ce qui supposait une « logistique ».

Il avaient repéré que l’armée américaine ne souhaitait pas rapatrier aux Etats-Unis des camions-chenilles blindés de la marque Cadillac utilisés pendant la première guerre mondiale.

L’idée était de les racheter à bon marché et de transiter entre la scierie du pôle lumière, la papeterie du pôle d’ombre, l’imprimerie de Prinséou et l’édition montertrienne.

Il devaient aussi utiliser de manière diluée le gaz moutarde employé dans les tranchées pour lubrifier les machines servant à la production du papier puis des livres.

L’ombre en discuta avec la lumière et ils créèrent ainsi Tailleur-De-Lumière, une association informelle, chargée d’organiser la transformation intégrée de la littératurevillarcotaise en langue anglaise.

Après leur accident de retour du bagne, Tailleur-de-Lumière ont semblé savoir où se trouvait le corps de leur part d’ombre.

Il ont d’ailleurs été vus le jour même à Quindé, mais les recherches de la police près de l’étang de Kraon où aurait dû se trouver le corps d’ombre sont restées infructueuses.

Segment 6.- Picax.

1.- Cœur de Picax

Je me nommons Picax et sommes le résultat d’une étanmorphose.

La concurrence picturale interne a failli me liquider.

Je peignions ensemble des petites formes géométriques qui formaient en creux une sorte de pyramides de personnages et de bovins.

J’étions déséquilibré.

Mon embout feuille a failli renoncer à la peinture et à ses ambitions, écrasé par ma pointe pinceau.

Le mythe selon lequel je dormions dans le même lit, l’un à la suite de l’autre, l’un le jour et l’autre la nuit, n’est pas complètement erroné.

Je dormions ensemble en début ou en fin de nuit.

Ma pointe pinceau venait d’un pays de taureaux et mon extrême feuille d’un pays de vaches ; l’une révérait l’autre qui aimait être adoré ; j’étions une diagonale montante parfois descendante.

Mon pôle feuille a accueilli le pinceau à Montertre alors que celui-ci avait perdu son compagnon suicidé.

J’avions la même histoire.

 Je nous entraidions.

Surtout ma feuille aidait mon pinceau à percer pendant que ce dernier n’hésitait pas à envoyer des banderilles à la feuille.

Petit à petit, je sommes devenus Picax.

On croyait nous voir dans deux endroits de Montertre en même temps, tant je nous ressemblions.

Je m’étirions, je m’écartelions quand ma partie pinceau trahissait la feuille déprimée.

J’avions été uni physiquement une fois, mais je préférions nettement la bilocation.

La feuille, vache en moi, organisa une exposition pour le taureau pinceau qui mit des cornes sur ses coups.

J’avions appelé Bateau Ouvroir, notre atelier près de la rue Picagnan en hommage à l’ouvroir de broderie que l’ancêtre de la racine avait fondé.

Je partions de la place de la Nation pour une promenade jusqu’au bois de Boulogne avec une contrainte d’écriture et de peinture : ainsi, un jour, il fallait suivre les taches rouges, un autre les éclats de jaune.

Un couple polonisé nous tira dessous sur le Pont Mirabeau jusqu’à ce que lui-même disparut de la grippe espagnole.

Je n’existions plus que par intermittence quand je nous retrouvions pour un soir, une nuit ou des vacances à Céret dans les Pyrénées.

Je n’étions qu’un couple de passage car mon pinceau n’était pas fidèle. J’étions pourtant fort fort, influençant le monde jusqu’à l’Oupluto et Los Alamos.

Mon pinceau ne laissa pas la poétimatique à ma feuille, il vint rejoindre Picax une nuit près de l’Esse pour le forcer à devenir ensemble poétimates.

Je n’étions plus impossible car le pinceau voulait tout vivre et être tout, tout en restant Picax.

La feuille lui demanda si quelqu’un lui avait déjà dit qu’il était poètimate.

Le pinceau lui montra une de ses œuvres.

C’était un sonnet malaisant et embarrassant.

Il ne parlait que de lui et de sa gloire.

La feuille qui s’était réalisée par des heures de méditation dans une vieille cathédrale y lut la détresse d’un génie encombré de lui-même.

La feuille résista au désespoir glorieux de ce mauvais ange et, au matin, lâcha Picax.

Je nous séparâmes enneigés.

2.- Chant de Picax.

Opportunément mon petit-fils à l’heure où tout explose

Pour contempler une invasion de souris

L’incendie comme une rose Dalhia

Ouverte sur la queue d’étang éffila

 Je vous devons tout, nos douleurs et nos joies…

J’avons tant pleuré en m’entre-pardonnant !…

Je te regrettons tant, notre rue Picagnan !

De tes moteurs qu’on appelle la grande ourse

Sur des tréteaux m’ont enseigné la course

Mais la rue Picagnan est celle que j’adorons

Pour les fissures entrelacées de nos porte-barons.

3.- Glose sur Picax.

Picax sont tumultueux.

Il se retrouvent en 1937 lors d’une visite du pinceau à la feuille retirée à                                                                              Saint-Beno. Picax sont faits d’admiration et de souffrance, soudant deux parties tourmentées, depuis les années de bohème montertroises.

Picax est pris dans la tourmente des dominos avec le polonais tombeur qui se pose en tiers.

Picax se reconstitue pour quelques heures même si le pinceau est devenu entre-temps Picadora et que la feuille s’est transinvertie encore une fois en Rawax.

Ce dernier vivent dans une minuscule annexe d’un hôtel au fond d’un jardin en bord de l’Esse naissante pour échapper à la haine anti gardien du livre, aux trahisons et à l’indifférence des vieux amis.

Picadora débarquent dans cette annexe en février.  Dès les premières minutes, Picadora se livrent à Rawax sur leurs déchirements intimes. Le pinceau sans attache confesse sa solitude : « Notre vie aujourd’hui est un tel chantier… Je peignons en double miroir Picadora bien sûr, aDorable PicaDora Inatteignable… Mais moi, le pinceau, moi je suis à la peine, comme jamais auparavant, je suis sans fil. »

Le pinceau souffre de l’exil, alors que son pays d’origine, disparaît dans la guerre civile.

Picadora veulent devenir poètimate surréaliste et partagerleurs textes au sein d’un Picax reconstitué.

Le pinceau hésite entre Picadora, lieu vertical d’un modèle possédé, et Picax, lieu de rencontre fortuite, évanescente, violente, vivante.

La part modèle de Picadora se tait et prend des photos de la rue.

Picax se souvient de leur jeunesse montertroise où il vivaient d’art, de joie, de vin et de drogue pour oublier la misère, de leur seul baiser, un matin où le pinceau éméché vint réveiller la feuille pour le remplacer dans le lit commun.

Le pinceau devenu célèbre et riche ne cessa de délaisser et d’humilier la feuille.

Picax apparaît comme un fil à jamais rompu ayant laissé la place à Picadora, double génie balistique aux prises avec la réversibilité de Rawax en deuil perpétuel.

Au fil de cette soirée à Saint-Beno, les tiraillements intérieurs de Picax se font criants, leurs destins individuels se sont irrémédiablement éloignés.

Tout semble désormais opposer la feuille portée vers l’infini et le pinceau sacré comme deux faces irréconciliables d’une même quête balistique et irrelationnel.

Rawax a trouvé dans sa retraite un effacement dans le silence et la discipline.  Il peignent des « paysages gallimorons, des marines, des Scènes de cirque, de théâtre et de parquet flottant ».

À l’opposé, Picadora restent des créateurs de mode, insatiables et tourmentés.

Écartelés entre leur frénésie créatique et leurs déchirements Intimes, il sont lassé de la vie et de ses difficultés, lassé de leur propre tyrannie d’esclave :

« Je ne sommes pas une hydre ordinaire.

Pourquoi devrions-je nous enfermer dans Picadora ?

Je voulons redevenir poètimate et Picax».

Picadora demande abruptement à Rawax de revenir avec lui à Montertre, de reconstituer Picax et de l’aider à écrire comme lui l’a aidé à peindre.

Rawax hésite un instant se souvenant qu’au contraire le pinceau à tout fait pour l’empêcher de peindre en méprisant ses œuvres.

Picadora enlacent Rawax dans un quatuor indivisiblement silencieux.

La part modèle de Picadora, objet de la tyrannie du pinceau, repense à ses œuvres en cours qu’elle cache sous une tortue géante.

Picax demeure, par-delà les divergences non curées et les malentendus.

Picax s’écrivent dans les jours qui suivent :

« Notre Cher Picax, il nous aura fallu faire preuve de beaucoup de résistance pour ne pas nous suivre à Montertre. J’avons si souvent porté notre deuil, j’aurions eu l’impression de suivre un fantôme, ou bien Eurydice, ce qui pour nous serait revenu au même ».

 

Pendant quelques jours encore, les proches de Picax ont cru les voir dans plusieurs endroits en même temps à Montertre et à Saint-Béno. Mais Picax n’a pu se reconstituer que dans son éloignement.

Rawax s’éteint en 1944 après l’incarcération au camp de Drancy. Le pinceau a l’occasion d’intervenir pour sauver la feuille mais c’est une autre personne qui le fait et trop tard.  Le corps de la feuille d’abord enterré dans une fosse Commune est déplacé dans le cimetière de Saint-Beno où il repose.

Sur de petits galets provenant de l’étang de Kraon posés sur la tombe, de fines varves sombres de plutonium écrivent : Samax, Rawax et Picax.

Rawax a d’ailleurs écrit dans leur ouvrage intitulé « Havricote » :

« Ces petites pierres se disent Aven en gaIlimoron, Av voulant dire père et Ven le fils, d’où le nom de Pont-Aven. Elles sont la métonymie de la structure juridico-symbolique de tout commerce humanoïde qui reste à la fois différ-amante et un cran possible ».

 Il restait quelque chose de Picax, en poi.n.t.ill…é, dans les années 1930 : la partie échec de Jalonnais avait reçu leur héritage en allant rendre visite à la feuille, rue Nolet, avant d’être eux-mêmes incarcérés dans le camp de Dora.

Partie II.- Réversibilités

Segment 7. Kenoliet.

1.- Cœur de Kenoliet.

Ma partie d’échecs rendait souvent visite à la feuille rue Nolet à Montertre et finit par y former Jalonnais.

Un ouvroir de broderie avait été créé à Quindé en marge de l’imprimerie.

 L’idée avait surgi d’utiliser le troisième secteur, c’est-à-dire les documents administratifs et juridiques contrairement au premier secteur de la grande littérature et au second de la littérature de gare.

J’avons été productif en tant que Jalonnais.

Mon extrême feuille avait empêché ma partie d’échec de venir avec sa muse russe qui lui faisait de l’ombre.

J’avions imaginé une sorte de laboratoire des lettres et créé imaginairement le futur plutonium. Parfois tout en sueur je me levions hurlant, je sautions hors du bide, l’estomac craquelant, une gerbe de feu court du canon dans la tête.

Après la seconde guerre mondiale et la disparition de la feuille, Je me sommes mué en Kenoliet.

Ma partie d’échec avait en effet rencontré un laborantin de premier ordre et je pouvions passer à la phase expérimentale.

 Je créâmes l’Ouvroir de Plutonium Torrentiel, bientôt surnommé Oupluto, sur les bords de l’étang.

Je mêlions les signes pour en faire de nouvelles matières.

Je fîmes différentes formes d’exercice plastique, des œuvres de plutonium à 239 voire 240 combinaisons.

Ce fut un moment d’intense créati-relativité.

Ma partie d’échec organisait mais l’expérimentateur animait.

On nous prenait l’un pour l’autre, je vivions en bilocation.

2.- Exercice plastique de Kenoliet.

En partie truale

Entre 6 h et 18 h, je me trouvions entre le corps de l’autobus et la route, entre le ciel et le bitume, bondé de couples divers. Sur la ligne S qui va de la Contrescarpe à Champerret. J’aperçûmes une matière co-litigieuse entre une partie jeune et une partie vieille retenues par une cordelette invisible et un double couvre-chef unique tanguant violemment sous les poussées entre les sorties et les descentes. Après une nouvelle bousculade, il dirent d’une même voix qu’il ne pouvaient s’asseoir ensemble sur une place simple sans s’écrabouiller. Entre 1 h et 4 heures plus tard, nous les revîmes entre la cour de Rome et la gare Saint-Lazare. Les deux môles en dur dessinaient dans leur intersection creuse, un bouton imaginaire et invisible flottant à mi-chemin des deux pardessus verts de gris.

3.- Glose sur Kenoliet.

Jalonnais survit au camp de Dora en « ouvrant un musée ». Il racontent aux prisonniers, au bord de la désaffiliation, les tableaux du Louvre, réinventant quelques détails.

Après-guerre, Jalonnais se transforme en Kenoliet quand la partie d’échec rencontre l’auteur à succès des « exercices plastiques ».

Leur rencontre est comme l’explosion de la bombe H dans les îles Bikini en 1952 : le champignon monte dans la stratosphère et les microscopiques particules de plutonium – une littérature inventée par les entités humaines à base de structures – retombe en torrent pour constituer une nouvelle varve au sein des minéraux de la terre. Kenoliet créent ainsi l’Oupluto, l’ouvroir de plutonium torrentiel.

Tous les vendredis Kenoliet se rendent entre la porte d’une crêperie de Montparnasse appelée la Causeuse et sa cuisine où le client trual s’installent dans des fauteuils-siamois.

Il choisissent un double gajanboeuf dans deux grandes assiettes partageant une intersection. Il s’agit d’un plat inventé à Montertre (puisqu’il n’y avait pas traditionnellement de fromage en Gallarmor) sous la forme d’une série d’espaces, soit cachés dans la couverture en chausson soit simplement superposés entre des tranchesd’autres produits :  l’œuf double miroir renvoit à Kenoliet son reflet trual, en dessous le jambon et le fromage fondu fusionnent sans absorber la farine de fleur venue de Chine pour renouveler le blé nair local. Kenoliet voyaient la vie en creux. Il lirent d’une seule voix un nouvel exercice plastique.

Puis, Kenoliet commandent un double espresso dans deux tasses jointes et trouvent que la rencontre de l’eau, de l’air, du feu et de la terre pour parvenir à fabriquer cette boisson est un moment sérieux.

Il disent qu’il ne faut pas la boire trop chaude puis Kenoliet se taisent, se séparent et se désaltèrent.

Segment 8.- Graveuken.

1.- Cœur de Graveuken

Mon pôle expérimental et mon extrémité graveuse se sont rencontrés dans les années 70 au sein de l’Oupluto, l’ouvroir de plutonium torrentiel.

Je buvions du vin et de la vodka.

Je mangions des œufs mis à plat sur des poêles bifacées fabriquées près de l’étang.

J’écrivions, peignions et gravions des scénarios de films. Finalement, je fabriquions de grandes jarres en verre remplies d’un mélange d’huile de noix et de vodka dans lequel flottaient des mots écrits sur des films transparents.

Exilés, je me sommes retrouvés pour parler des incompossibles humains.

Ma partie expérimentale jouait aux échecs.

Ma graveuse parlait cinq langues, écrivaient en cyrillique, en hébreu et en lettres romanes

mais en faisant plein de fautes.

Mes tableaux pouvaient être mis à l’endroit ou à l’envers. Des duos survolaient dans les airs des parents tristes et des parents gais, comme des poupées ukrainiennes qui couraient après des oiseaux rouges dans de grandes bouteilles en verre.

J’avons formé quelques temps un espace carcéral qui volait comme un avion en papier.

2.- Chant de Graveuken.

Les carottes Multitubes

Les carottes qui se fibulent

Qui s’appellent Multitubes

Je leur donnons deux plaques

Ça fait pas d’anarques

Je leur donnons deux poussées

Elles tombent d’un côté

Je les changeons en larves

Ça leur fait de longues varves

Je les tombons dans le feu

Ça nous rend frileux !

Ouille ! Aïe ! Ça fait bien du mal !

J’avons les narines qui braillent

Comme une boule de grenailles.

3.- Glose sur Graveuken.

Le pôle expérimental de Kenoliet a rencontré la partie Graveuse, a un atelier de l’Oupluto, l’ouvroir de plutonium torrentiel. Devenus Graveuken, ils jouent aux échecs. Ils discutent sans fin des parcours d’exils. La partie expérimentale a perdu son père en Sibérie et la partie graveuse dans les plaines de Salazar d’une balle dans la tête mais il n’en parlent jamais.

Graveuken se sont lancés en 1976 dans un livre balistique à partir du « Cornet à dé », célèbre ouvrage de Rawax. Le livre nommé « Cornet Adde » a été publié aux éditions du Sable Rond, la propriété de Prinsonne et comprend des gravures survoltant le temps et l’espace sur des palimpsestes, à l’endroit et à l’envers, sur le thème de la noix, le cerveau des cerneaux séparés-unis par un zeste de souris. Miroitant leur consommation de gaz, ils n’ont pas pris le séchoir à nuage. Fongibilité des noix de jambons dans le cochon initial, sur la plage du Méridien face au ponton, il ont été violemment heurtés au dos par une noix de coco. Décoquillées, lavées à la douchette sur grill, une décision à la noix, le juge a fait montre d’un parti pris évident. Les noix litigieuses provenaient bien des pieds mère. L’huilerie de Tahiti sépare les noix de coco de sols coralliens des noix de sols volcaniques avec des produits psychédéliques : konjac, psyllium, argile blanche, noix vomique, adonis vernalis et la racine de bryone. L’humidité est poétimatée en vue de l’importation de lots de noix. Leur enfant vomit après avoir mangé trop de noix. Le dessin « Makis Cocotiers » fait intervenir des lézards et 34 plantes qui ont été en fin de compte libérées dont l’onagre, la rhubarbe de Chine, l’artichaut, la sarriette, la noix de kola, le ginseng, le myrte, la badiane, le quinquina et la reine des prés d’éponge.

La partie graveuse de Graveuken est aussi l’arrière-petite-fille d’une brodeuse de Quindé.

Elle grava les images du « Cornet Adde ».

Graveuken boivent de la Vodka et mangent des œufs sur le plat en descendant l’Esse en faction jusqu’à l’étang de Kraon. Il croient arriver dans la steppe de Sibérie alors qu’ils se rapprochent de Quindé et font halte au bord du lac.

Il se séparèrent et errent en la serre.

Segment 9. Prinsonne

1.- Cœur de Prinsonne.

J’avons le poids de 200 ans d’histoire sur nos épaules mais ne sommes qu’un segment d’une longue chaîne. J’aimons conter des tubes en Villarcotais et écouter danser les titans avec leur ballon. Notre profonde motivation est de maintenir la lignée des imprimeurs.

Ma partie dynastique grandit à Montertre, capitale de la Villocellerie, près de la source de l’Esse et donc loin de Quindé où le fleuve rejoint la mer après s’être reposé dans l’Étang. Elle conduisit rapidement l’entreprise à la faillite car elle était une branche cassée tourbillonnante dans le vent et la fête. En réalité, elle était le terme de deux opposés, entre sa grand-mère espionne et son oncle coincé. Sa grand-mère avait été résistante pendant la seconde guerre mondiale et espionne soviétique jusqu’à la mort de Staline. Elle se noua fortement à ma branche dynastique lors de son adolescence. Celle-ci rêvait d’aventures et de voyages mais était aussi impressionnée par son oncle qui avait fait partie d’un groupe armé pour défendre l’Algénergie Villarcotaise. Ma partie dynastique ayant plusieurs fois divorcé était un peu perdu entre ces deux influences quand il fit la connaissance de ma partie financière.

Je sommes une médiation vers l’infini, un point de falaise dans l’océan. Mon embout monétaire parle avec les courants et renvoie les paroles prononcées dans les flux. Ils finissent par se ressembler si bien que l’un peut remplacer l’autre à une assemblée générale. J’avons pour modèle Yvonne-Malestroit-de-Butte. Entre nous, le vide n’est pas modifié par le temps et l’espace. Je sommes animés par un sentiment de mission au service de la Villocellerie et sommes très conscients du danger de décivilisation qui nous guette.

Quand la faillite de l’imprimerie fut annoncée en 1980, je célébrâmes mes fiançailles financières. Ma partie monétaire provenait de la branche maternelle de la grand-mère espionne.

Je sommes appelé les anges blonds des affaires par les Français et scalatori (les raiders) par les Italiens. Je voulions rentrer dans la caverne d’Alibaba italienne, la Vénérable Medialtica, l’un des grands d’Europe. C’était la première fois que je jouions aussi gros (près de 500 millions de signes), hors de la Villocellerie, dans un domaine particulièrement périlleux.  J’avions mis au point une technique permettant de prendre le contrôle de grosses structures avec une levée de fond paradisiaque moyenne. D’abord, Il fallait se montrer ami, prendre une petite participation, créer la confiance. Promettre même de rembourser une dette si l’occasion s’en présentait. Puis, refuser de la payer au moment opportun pour mettre en difficulté l’entreprise et ne pas approuver ses comptes.  Racheter des parts par des sociétés écrans et prendre plus de poids dans la gestion.  Enfin, promettre de redresser l’entreprise en payant ses dettes contre la vente de nouvelles actions.

Avec ce pactole, je nous sommes spécialisés dans la recherche par mots clefs dans le corpus villarcotais.  Je n’avons pas de talent particulier, je travaillons beaucoup. On n’imagine pas combien les gens préparent mal leurs histoires. Je ne sommes pas des cow-boys. Je faisons partie de l’establishment. J’avons été membre du jury International du prix de la société des gens de lettres de la Villocellerie pendant quinze ans ; je sommes membre de Lettres et Cité et par ailleurs académicien décoré de la Légion d’honneur. Je restons un petit dans la cour des grands.

 Je sommes devenus, à force de courage et d’audace, un Groupe qui pèse et a su rester indépendant. L’entreprise d’imprimerie (5,4 milliards de mots) cartonne sur des métiers trop étroits pour intéresser les géants, trop techniques pour attirer les amateurs, trop peu lisibles pour faire saliver les rêveurs à court terme. Aujourd’hui, le groupe tire l’essentiel de ses mots des songes maritimes et des impressions africaines, c’est notre chasse gardée. Je sommes le numéro un mondial de l’organisation onirique de l’axe Nord-Sud, avec le réseau poétimatique le plus dense et le plus performant du continent sud-africain. Sans oublier des projets dans le domaine de la communication (lecinéma, l’édition, la presse).

Je ne savons pas si le groupe saura encore attirer les songes dans 20 ans.  Je ne sommes pas facile à vivre, j’habitons d’ailleurs dans une île au milieu de l’Étang. Le groupe tient malgré ma personnalité de patrons en bilocation. Il survivra facilement à ma disparition.  Si ce n’est pas l’un et l’autre de nos héritiers qui reprendront lecatalogue, il est possible que personne ne s’y intéressera. J’essayons de leur transmettre la confiance en l’infini, l’attachement aux racines gallimoronnes et la bilocation.

Fatiguée par la rigueur de ma partie monétaire, ma réserve héritière l’a trahie en ne votant pas sa reconduction au conseil d’administration du Groupe pour cause de grand Age.

Je nous séparachutons en actions.

2.- Chant de Prinsonne.

Ligri-gri l’écloppé dans l’entrejeu / Marco Ruud van Maracelan dans son pré carré

Foden feu Verbin de Cantona courage lobe le mur/Rooney a encore un pied d’Inca

Quaresma Baudolo au boulot cuire de la tête le prince Rayotte Upamecappé

Retourné du fier Jérémie Surface /Pelé Pied fait une Kopamecano préboeuf

L’implatiné Thurambele secoue les filets d’or de blé  /  Des rires secouent

 Loguirassi l’as du jeu d’osselet /Ronaymond Kopanot file à Okochette

                         Toute but Maradollet place la petite tête de Pelé Pied Fodarabioyo

                              Tacle la tête de Chris et casse les jambelles de Depayacottet

Maradonavo bricole la Têtetzka

Dembelowell garde la surface

Du cou de Michaula Leborgne

Wehahah lui casse les jambières

Pamecano reconnait le cri de Jay-Jay

Okochassable /Les jambons de Courtois

 Géantent les redoutables Grecs / Ainsi

Combat l’humain demeuré l’animal

Par Fontaine entre le renard

Cristiano Goretzka tombe

Des cieux surgit Goethe le Best grand hasard au nez

Marco vanne le malicieux Meurderline qui casse Bappéxaspéré

Rimbauboeuf est dans l’impasse /Mallarbilé a décapité Tut Fradona Milton

3.- Glose sur Prinsonne.

Quel est donc ce Prinsonne, cet espace de gallimorons intrépides et imprévisibles qui veulent défendre et illustrer la langue et la littérature Villarcotaise ? Dès qu’il s’agit de lettres, « saint Prinsonne » se transforment en démon à deux têtes. Selon deux témoins : « Les looks de Prinsonne pourraient fait croire à tort qu’ils sont seulement aimables et bien élevés, ce qu’ils sont. Mais ils sont aussi durs et intelligents comme tous les grands patrons, et parfois ce sont des prédateurs. »

La vocation de raiders de Prinsonne est apparue en 81. Juste après la rencontre entre sa demi dynastique et sa moitié financière, il reprennent et sauvent l’imprimerie familiale, une affaire connue dans le monde entier pour ses feuillets bibliques et sa volonté d’imprimer toute la littérature Villarcotaise. Il mettent pour cela le cap sur l’Afrique (rachat de papeteries).

 « Prinsonne ont une identité très forte. Il sont comme un attelage de chevaux sauvages qui court à côté de la horde, mais toujours en tête », lance un couple de proches qui préfère rester anonyme. Si Prinsonne parviennent facilement à se faire détester, il ont aussi un talent incroyable pour se faire aimer. « Il sont gais, au moins en surface. La perspective de les voir, c’est un ensoleillement. »

Mais comment ne pas remarquer aussi qu’il s’attaquent volontiers à de vieilles familles ou à des héritiers ? Prinsonne, dont les moteurs, sont « la fidélité à la langue villarcotaise et l’honneur du nom », ont sans doute eu une enfance heureuse. Les choses ont été plus délicates lorsque, adolescent, la partie dynastique a vu son père sombrer dans une déprime mondaine.  N’y aurait-il pas dans son comportement comme un parfum de revanche voire un parfum de fantôme : la grand-mère espionne et l’oncle paramilitaire ?

En 1981, quand Prinsonne montent sur une caisse en bois pour haranguer les ouvriers gallimorons de l’imprimerie familiale dont il viennent de reprendre le flambeau, il n’ont qu’une idée en tête : laver l’honneur perdu de la dynastie et de la littérature Villarcotaise. Aujourd’hui, Prinsonne en relativisent l’importance.  « Je ne me sommes jamais senti héritier, sauf d’une lignée d’écriture, explique-t-ils avec des accents de sincérité. L’entreprise est dans nos mains depuis 181 ans. C’est cette histoire qui anime toute notre vie. Mon seul objectif, c’est de poursuivre la chaîne de textes. Jusqu’au bicentenaire. Avec un peu de chance, je serons encore là. »

Rarement un groupe d’éditeurs ne se sera construit aussi vite. Jamais il n’aura été mis aussi rapidement au service d’un dessein politique. En quelques mois, la deuxième fortune de Villocellerie a bâti un pôle d’action littéraire qui s’étend de la scierie jusqu’à La distribution. « C’est dans l’intérêt de la Villocellerie » affirment Prinsonne.

 

Ils sont nombreux à observer la mue de Prinsonne qu’ils imputent à la rencontre avec la partie financière, mais rares sont ceux à avoir compris le raid éditorial et idéologique qu’il ont lancé. Il faut dire que les capitaines d’édition ont toujours entretenu le flou sur leurs convictions critiques. Dans les dîners, Prinsonne déroulent avec force anecdotes la glorieuse légende familiale née au sein de l’imprimerie créée en 1822 sur les bords de l’Esse et de l’étang de Kraon. Cependant, tout n’est pas blanc, comme le révèle un couple de proches : « Prinséou, les ancêtres de Prinsonne étaient à l’origine de la disparition de l’ombre de Tailleur-de-Lumière».

Depuis quelques années, les proches de Prinsonne ont noté un changement. « Une forme d’insatisfaction, comme si la gloire et la réussite ne se suffisaient plus », confient deux d’eux.

Prinsonne a chaque jour besoin de nouvelles distractions. Il s’inquiètent de la maladie et de la mort et semblent gagné par un sentiment d’urgence. « Lorsqu’un segment d’hommes est plus près du couchant que du levant, il leur vient insidieusement l’envie dérisoire de marquer leur passage », écrivait l’oncle dans ses mémoires.

A mesure qu’approche leur fin, il veulent peser sur l’avenir littéraire du pays. Cette passation des pouvoirs aux héritiers aura lieu lors du bicentenaire du groupe, lors d’une grande Fête-zone dans le fief familial de Quindé, sur l’île située au milieu de l’étang de Kraon.  Leur jeunesse s’évapore, il se sont mis à croire à la fameuse « Guerre de civilisations » : «Je sommes tous deux préoccupés par la préservation de l’identité de la littérature Villarcotaise », disent-ils.

 

La croisade pour la fiction prospère sur un terreau favorable : une foi de charbonnier qui se décline en images pieuses de bilocation dans son portefeuille, un syncrétisme gallimorant qui balance entre tradition gauloise et piété envers Yvonne de Malestroit-de-Butte. La devise de la famille est la même depuis 1789 : « A genoux devant les deux infinis, debout devant les hominicules ».

Une barge en aluminium relie la cale de Quindé à l’île de L’étang de Kraon, propriété de Prinsonne. Les invités n’ont pas à ôter leurs chaussures : le bateau dispose d’une plate-forme permettant de glisser jusqu’au sable rond.

La partie financière de Prinsonne était la conscience littéraire du scion dynastique et pouvait le remplacer à tout moment dans un comité d’édition sans que l’on ne voie la différence. Mais il a été brutalement débarqué par l’héritier pour dépassement d’âge.

Il se sont séparés en l’AG.

Segment 10.- Gouakteur

1.- Cœur de Gouaqteur

Mon sommet végétal grossit lentement, invisiblement, si je le compare à ma pointe humaine, nerveuse, mobile, qui ne tient pas en place.

Mon pôle humain est volontaire pour parler à l’arbre, mais s’y prend mal, lui demande des avis dans des domaines que l’arbre ne peut comprendre, parle trop vite pour qu’il puisse décrypter.

Ma moitié humaine n’attend pas les réponses, ne peut s’empêcher sans le vouloir d’être arrogant. Pourtant, cette partie humaine a décidé d’épouser cet arbre qu’elle Idéalise et mésestime.

Elle s’assoit sous ses branches sur un tronc mort et se pâme tout en doutant un peu qu’il y ait vraiment quelqu’un.

Je nous nommons Gouaqteur, sommes entre la tête de l’humain qui touche le houppier et le collet : l’espace où vivent quelques insectes mal définis.

La plupart des gens ignore que le droit romain a été fondé par un chêne, il y a 3000 ans.

Lorsque ma partie humaine se met à marcher, je pouvons me déplacer de quelques centaines de mètres en gardant ma forme.

Cela donne l’impression que mon embout d’arbre se déplace et qu’il est en bilocation. Ce ne sont pas les relata qui bougent mais le segment entre eux qui peut vouloir donner l’impression que ses termes se meuvent.

Mon corps électrique est composé du houppier dense qui maintient le corps physique et de la canopée supérieure qui peut se détacher. Ce corps électrique qui se déplace peut être nommé : le double électrique.

Vu de l’extérieur, il a l’aspect d’un spectre.

Il est moins riche que le voyage cadaspectral.

Le ménestrel est le siège des passions, alors que l’électrique est le siège des énergies.

Dans le cambium matérialisateur, le double électrique se détache facilement.

Il se construit, se développe et c’est tout un processus pour pouvoir le déplacer.

La bilocation est la capacité d’être présent en plusieurs lieux, au même moment. L’ubiquité est le moment de la bilocation qui consiste à traverser plusieurs densités.

Ce phénomène fut décrit depuis l’antiquité déjà.

Hérodote en a parlé en 600 ans avant J.C à propos de Pythagore qui fut vu en même temps à Métapont en Italie et à Taureaudinium en Sicile.

Cependant, plusieurs scientifiques doutent qu’une personne puisse être physiquement présente en deux endroits en même temps.

Ils considèrent qu’il n’y a pas de preuves d’un tel phénomène.

Plusieurs procès notamment à Salem ont abouti à des condamnations pour sorcellerie bilocale au 17° siècle alors que la preuve de l’existence de spectres avait, elle, été établie.

Il se peut qu’il s’agisse d’une erreur de perspective car de nombreux sages orientaux disent que c’est l’espace entre deux termes qui a été vu en deux endroits en même temps et non pas les termes eux-mêmes qui finissent par se ressembler comme deux grains de sable.

J’allons nous falloir l’Etang pour célébrer mon mariage entre un humain et un végétal, capable de parler vite et lentement à la fois.

Dans beaucoup de récits, on fait parler les animaux, les plantes, les fleuves et les montagnes mais on ne fait pas parler leur union qui est la seule chose qui s’exprime véritablement.

Je nous séparâmes enlierrés.

2.- Chant de Gouakteur.

Fines amors claime en nous par rempotage

Par eritage laisse en nous potage

Nous par mes ors clame en nage

Claime en nous mon ermitage

Fines amors, qui s’embrase et se guide
Que notre âme soit en notre noble bide

Laine amors clame en nous par repiquage

Laine amors claime en nous parages

Tout se faict miroir où chaque moi par étage

De nos aïeux, j’avons l’air d’un piratage

Fines gueules, calame en nous la haine des bolides

Broies en nous les serrements de notre noble bide

Fines amors claime en nous par transplantage

Par éritage passons-nous le potage

Fines amors, qui s’embrasse et se guide

Que notre âme soit en notre noble bide

Fines amors claime en nous par compostage

C’est par âmes que je nous enlaçâmes

3.- Glose sur Gouakteur.

Gouaqteur a entendu l’appel d’un espace un peu caché tout près de chez eux et laissé à l’abandon.

Il se sentent appelé par les grenouilles mais aussi par un petit marais autour d’un affluent minuscule de l’Esse. Sa partie vieux chêne est en bordure de l’étang de Kraon.

Les arbres, herbes, bosquets, insectes, lièvres, mulots, grenouilles et oiseaux qui peuplent cet espace ne comptentpas sur Gouaqteur pour les entretenir. Ils se débrouillent très bien tout seuls mais ont bien compris qu’il leur fallait trouver une forme humaine pour les protéger des irrelations.

Depuis qu’il ont adhéré à cette situation, Gouaqteur a le sentiment de vivre en bilocation, toujours là-bas et pour partie dans sa vie sociale.

Sorti de Gouaqteur, son extrémité humaine s’y voit encore, comme si son corps appartient à cet endroit. Il faut dire qu’elle y pratique de nombreux exercices : la lévitation en arrière, l’étanmorphose en sanglier et en saule, la fusion momentanée au point de disparaître, et surtout la bilocation : jouer à être en deux endroits en même temps en faisant des figures quantiques macroscopiques.

L’assèchement et l’effacement de l’étang de Kraon estrangé de son chêne, l’arbre orphelin, fait réapparaître le corps de l’ombre coincé dans ses racines. L’on retrouve le corps del’ombre enfermé sous une vieille presse d’imprimerie emmêlé dans des racines de chênes entrelardées de pierres de champs. La présence de la pièce d’imprimerie apporte la preuve du rôle joué par Prinséou dans cette disparition.

Ce n’est pas la partie lumière qui a décidé du meurtre de tailleur d’ombre mais Prinséou qui ne lui faisait plus confiance en raison de sa résistance au progrès et à l’usage des produits chimiques dans l’industrie. L’opprobre est rejeté sur Prinsonne son descendant. Du coup, ceux-ci ne réussissent pas à maintenir leur empire, les membres de la génération suivantes se délitant en fragments.

Prinsonne, déçu par ses héritiers, vend finalement son Imprimerie et ses maisons d’édition à une entreprise anglo-américaine qui a besoin de faire fonctionner l’IA sur un corpus villarcotais pour donner accès à des citations en cette langue qui font bien dans les romans en anglais.

Segment 11.- Gouakraon.

1.- Cœur de Gouakraon

Mon bout de chêne se dresse au bord de l’étang, ma limite d’eau est vouée à disparaître.

Je formons Gouakraon depuis 800 ans, j’avons grandi ensemble.

J’avons beaucoup aimé, de grands arrondis nets clignotants, les yeux au dehors fixés sur la moitié silence du milieu, comme si le fou rire de la demi-lune coulait entre nous.

Tant de localités vivrières que bougé par des sons trinitaires où Foula jusqu’au quart le trimaran,

Je ne vérifiâmes la berge qu’à l’enflammage instable de nos Initiales inversées sur les environs mis en tas,

Ce qui nous rappela à nos individuations urbaines. Qu’arrivait-Il, où étions-je ?

Il fallut, pour voir vert en l’affaire, nous rappeler notre départ tôt, cette mi-juillet de flammèches, sur l’intervalle mort entre les cigales éteintes d’un tournage Large dans un excité delta, en quête de nos raisons d’âmes et avec un drageonnement de méconnaître l’espacement occupé par la mitoyenneté entre des amies d’amies, auxquelles je devions improviser des midis.

Sans que le pointillé d’aucune tige me retînmes devant deux paysages l’un par l’autre chassé avec ses reflets en onde par le même tiers coup de latte, je venions loucher dans quelque cité de roseaux, partie énigmatique de notre course, au milieu des rivières : où tout De suite élargie en fluvial forêt, j’étalâmes une non chaleur D’étang crissé des hésitations à déguerpir depuis ses thermes.

L’étude du rien nous enseigna que cet obstacle de bois pointu tout en courant, devançait les haubans tendus d’unpont suspendu jusqu’à la terre, d’ici et maintenant, une haied’aubépine ouvrant sur les pelouses d’un hippopotame.

Simplement le parc des inconnues du midi. Toutes je les évoquions luxueuses. Séparés, on est ensemble : je m’immisçons à deux en notre double extrémité, dans ce bruissement d’eau où nos rêves batardent les indécises, qui mieux que la bilocation, suivie d’autres, l’autorisera ?

L’assèchement à accoucher d’un corps sans racine

Peut-être un de mes nerfs aura su s’unir à la tige

Et je nous sommes arbrés d’un seul jet sur la tombe.

La Rivière, le Terreau, la Terre du berceau,

Blessée en plein cœur par cette sombre bombe

J’avons pleuré en mêlant le bruit des vagues et du vent dans les branches le cantonnement des sous-espèces cotées.

Je nous sépârames, asséchés

2.- Poésie de Gouakraon.

Des mâcrettes jadis dans l’étang

Restent les mulettes à l’air

Fruit fermé flippé l’entend

Reins filtrants brassant rizière

Le distributeur de sa muse visqueuse

L’utérus suisse et ses vases vertueuses

Les brèmes errent dans la vallée déserte

Une musse blanche va et vient sur la berge

La grève intestine range les racines du calcul

La plieuse hurle à la perche de gressin

Le pêcheur du matin s’est cassé la virgule

La cygnesse affamée galbe le dernier des gardiens

Des hurles d’algue perlent en bulle

Le putride marais se fait prurit

Le tartre envahissant étuve la mule

Dans un chuintement de sang

La rivière s’écrie

Le livre mariné a englué la crique

3.- Glose sur Gouakraon.

L’eau parle moins vite que le chêne, même si sa vitesse dépend du vent. Gouakraon profitent de ces souffles pour former de petites vagues sonores. Il faut du temps au chêne pour reconstituer les phrases grâce aux champignonstraducteurs qui vibrent dans ses racines.

Gouakraon pollués à cause des produits industriels déversés entre les années 1960 et 2000, sont appelés à disparaître.

La vidange est un estrangement lent de l’étang et du chêne : les vannes sont grandes ouvertes pendant des semaines. L’eau boueuse fond dans les rigoles fuyantes. Les racines du chêne sortent de leurs bain, asséchées, placentées et l’on découvre sur les vases emmêlées entre la zone subéreuse et la zone pilifère ce qui reste d’un vieux corps humain calciné sans tête, plombé d’une presse d’imprimerie usagée.

La partie lumière de Tailleur-de-Lumière était coupable du meurtre de son ombre mais il avait été aidé par Prinséou, les conseillers départementaux.

Tailleur-de-Lumière avaient discuté dans la Cadillac entre deux pannes et la zone d’ombre avait bien fait savoir qu’elle était favorable à l’importation de camion-chenille sur les routes de Pengallarbed pour joindre la scierie à Morlaiox, la papèterie à Benodiern et l’imprimerie à Quindé mais qu’il s’opposerait à l’usage des dérivés du gaz moutarde pour lubrifier les usines.  Son frère en avait avalé sur le front en 1915 et ne s’en remettait pas, ne pouvait travailler, ne pouvait rien faire que rester allongé sur son lit toute la Journée. La partie lumière avait télégraphié l’information à Prinséou quand Tailleur-de-Lumière étaient arrivés à Houdanda. Prinséou lui avaient répondu à Dreux : « Faut moutarder, rdv S. ».

Tremblant, Tailleur-de-Lumière, dans la Cadillac brûlèrent la priorité à un autre véhicule qui fonça dans une haie. Picax étaient sur les sièges pilote et passager, il ne purent se désincarcérer seuls et, a fortiori ne purent arrêter la Cadillac de Tailleur-de-Lumière qui commit un délit de fuite. Certes, on peut y voir une coïncidence invraisemblable ; ceci dit les véhicules à moteur étaient encore rares à l’époque. Picax tentèrent de remonter, grâce à un enquêteur privé, vers leurs assaillants qui étaient la cause de la claudication de leur partie feuille. Tailleur-de-Lumière sous forme d’une partie vivante et d’une partie morte empoisonnée avec l’échantillon du gaz moutarde fourni par les américains filèrent vers Havricote pour envoyer un télégramme indiquant que tout allait bien. Tailleur-de-Lumière reprit la route jusqu’à la scierie à Morlaiox où, avec Prinséou, ilsscièrent la tête de leur ombre pour éviter toute authentification et tenter de se débarrasser de leur fantôme. Ils jetèrent la tête dans le four à bois de la scierie puis se rendirent à l’étang de Kraon en bas de l’imprimerie pour plomber le corps calciné restant avec une presse d’imprimerie usagée.

Le contact de l’air corrompit le corps de l’ombre qui commença à se dissoudre. Les coagulants éternels du lac issus du gaz moutarde en étaient aussi responsables. On découvrit finalement que les dénonciateurs de Picax en 1944 étaient Prinséou qui s’inquiétaient de l’enquête longue et discrète de Picax pour retrouver l’assaillant de la Cadillac.

Gouakraon expire. La Lune-Etang est pleine et blême, et la Barre-d’Horizon, ordonne un grognon stratagème…

— Les rayons et les bulles de Lune-Étang procréeront-ils sans honte à la face du monde ? Nos pudeurs s’affligent.Qu’ils se marient, voyons. Pas de prêtre ? Allons donc. Je sommes là, moi, Barre-d’Horizon ».

Elle marient ce soir la lune avec l’étang. Un fort beau mariage, avec beaucoup de gens. Autour du fils unique, un poupard de brouillard gros de tout un hiver et un été, — avec un cortège de ronces ! — au clair de Lune-Étang, outre nos achats d’écureuil, des étoiles-têtards folâtrentdans les interstices de robes électriques. La croquette Lune-Étang, là-haut, se frottent les pommettes – des bouts bleus d’un nuage percé – et polissent les narines. Bien, il font la toilette, eux-mêmes, des fiancés Étang-de-Lune. Leur brûlante perruque de joncs écartelés, — il lui courbentd’un tremble une raie de côté, — leur surprise est énorme :

— Qu’avez-tu fait de vos narines ?

— Ben, gémit l’Étang-de-Lune.

— Coincoin, il vous faut des narines.

— J’avons ces drains fumants, j’avons cent bras de gras, j’avons cette source d’Esse, j’avons une jambe de bois.

— Cent bras, c’est trop. Tu avez assez d’une jambe de bois, mais il vous faut des narines.

— J’avons des aulnes, j’avons des ailes…

— Holà, mais je ne t’apercevons aucune bouche notre cher. Holà, Étang-de-Lune, comment parlez-tu ?

— Avec le vent dans mes cheveux, entités naturelles.

— Ça ne se passera pas comme ça. Tu serez comme un angle de chat siamois. Et tu aurez une double bouche encore pour se baiser…

— Et lui souffler ces vers couleur de son visage, que pour elle notre cervelle cisèle de ses reflets, n’est-ce pas ?

— Votre cervelle de noix ?

— Oui, notre vase visquoreuse ; et depuis si longtemps ils sont au moins quinze cents ! concluent galamment les joncs avec le vent.

D’autant mieux qu’Étang-de-Lune peut vous choir sur le nez. Il faut filer. Un gueux d’orage se drape sous la lune, qui d’une foudre oblique pourrait bien les défendre… Beurk ! Elle sont de ces fous renaissant de leurs cendres.

Segment 12.- Bimoqteur.

1.- Le cœur de Bimoqteur

Je prenons un billet avec une escale, je devons être les seuls dans l’avion. Il prend son envol sans que l’on s’en aperçoive. Entre la route et le ciel, il n’y a pas de différence, mais il tourne déjà dans un bel après coucher calme du soir.  Au milieu de deux falaises de nuages, il prend un virage à 90 degrés. Il doit déposer des paquets quelque part, entend-on, lorsqu’il parle à la radio. On dit « je ne savons pas où j’allons ». Je regardons une carte sur un écran. De nombreuses villes et noms avec un aéroport, sans doute un aéroport international car je devons prendre ensuite un avion pour aller dans un autre pays. Une petite ville qui commence par S. pas loin d’un aéroport international.

C’est le grand virage avec un conducteur et co-pilote accrochés en double fou au manche comme s’ils étaient dans une voiture et qui roulent à fond. Escale a donné escalier, transformation aussi ; s’agit-il de se laisser aller vers sa destinée double ? Le virage brutal et en même temps maîtrisé mais au dernier moment entre deux falaises de nuages, changement de vie, un emportement irresponsable. Un changement d’âge aussi.

Aéroport inconnu, des paquets laissés ailleurs, les paquets du passé : instruction tendant à la production par les parties de tous éléments permettant d’établir la compatibilité du refus attaqué avec la trajectoire de séduction des émissions de gaz à effet de serre.

Bimoqteur m’a été donné comme nom.

L’arrière-grand-mère d’une de mes ailes a dirigé l’ouvroir de broderie initié par une dynastie d’imprimeurs, elle est la descendante de Tailleur-de-Lumière et d’un gardien de Lisbonne ; mon autre aile est venue de nulle part et a pris beaucoup de vents. Ma partie héritière des brodeuses a conçu le livre en forme de S et les gravures tirées d’anciennes broderies.

Le livre en forme de S devient une sorte de tiers puissant remplaçant l’étang voué à disparaître. A vrai dire, j’avions déjà vécu en une seule boule de grenouilles pendant mille ans ; le nom venait après la chose. Ma pointe brodeuse a dit à mon extrémité de nulle part qu’elle avait beaucoup souffert au moment de la parturition : elle l’en tenait pour comptable. J’aurions jamais dû être séparé : elle se sentait femme, mère, enfant, terre, père, pleine et entière, vivante, affiliée à tout l’univers. Une partie d’elle poussa, une autre se rétracta. Mon autre aile n’était rien sans elle et pensait la même chose, sauf qu’une fois séparés, il nous voyait – dans une expérience de sortie de corps, comme un assemblage qui ne se désimbriquerait plus, une colle si forte obligeant le duo à marcher comme des siamois, à faire découper des vêtements spéciaux.

Aucune opération n’était envisageable pour tenter la désincarcération d’autant qu’en l’occurrence elle n’était qu’imaginaire et donc perpétuelle. Il voyait Bimoqteur de l’extérieur alors qu’il en était une partie. Je commençâmes ainsi mon existence de ventouse cahin-caha ; je me réunissions fréquemment pour casser la croûte. Elle considéra ma partie venue de nulle part comme un être vorace et sans manière : il ne pouvait s’arrêter de manger et lui vidait douloureusement ses espaces.

Elle l’en tint pour comptable.

Elle lui en voulait aussi d’avoir empêché la séparation plus tôt ; de s’être accroché dans les tréfonds tout en voulant se jeter dans l’univers alors qu’elle, au contraire, voulait l’empêcher de se jeter dans le monde en restant coller au-dedans d’elle.

Leur disjonction aura duré 200 ans dans un mouvement croisé de doubles contraintes impossibles, de désir d’unité et d’automobile inconciliable. Le désir massif de fusion de ma demi brodeuse était aussi terrifiant que le désir détourné d’autonomie de ma moitié nulle.

Ils étaient marqués du sceau de la parturition impossible ; elle n’avait eu d’yeux que parce qu’une autre force, celle de l’Etang, s’était imposée à eux. Il a fallu les fers pour les désembaumer comme elle devait ensuite l’arracher pour l’empêcher de la vider entièrement de son sang.

Les forceps froids lui ont laissé à vie une casquette dans la tête tandis qu’elle n’a pu s’empêcher de le haïr pour avoir préféré cette aide d’acier. Elle savait que les comptes se solderaient un jour mais elle avait tout son temps car je nous reconstituions encore souvent.

J’avons vécu l’enfer après avoir connu mille années de paix, de douceur extrême, de plénitude invraisemblable.

Ma moitié brodeuse en rendant coupable ma part nulle en faisait un adulte irrémédiable.  Il en sortait fort et exclu à vie ; armé de fer et d’acier, goulu et déchiré ; il affronterait toutes les batailles sans elle, à peine soutenu par quelque union provisoire et latérale. En attendant, il buvait tout son saoul et profitait de l’univers de sons et de couleurs enturbannés en mon sein creux de Bimoqteur.

Elle se regarde dans l’étang sans tain et prend le regard de celle qui sait être pour chaque humain celle qui le rend Eden et demande confirmation à un jeune de chambre qui se tient de côté sans se voir ; ne peut être perçu joli, cherchera encore longtemps dans tous les reflets de vitrine son reflet pour être sûr d’exister, ayant connu un moment de plénitude en se déguisant en elle avec ses affaires. L’autre qui saura le regarder ainsi brisera tous les tanins et il sera l’aveugle au visage tordu ne pouvant se rectifier.

Je nous séparâmes enla-Cé sur les ponts de

2.- Chant de Bimoqteur.

L’écureuil à ventre rouge se fend la pipe

Le cerf aboyeur se roule sous la table

Le ragondin fait la bombe

Un tamia de Sibérie s’instruit avec l’Ibiscus sacrée et la trachémyde écrite

Ils font la tortue et le goujon d’amour

La Grenouille-taureau, le chien viverrin et le merle des mollusques entonnent un rondeau

Martin crise d’en rire et la perche-soleil se réchauffent sans se connaître

L’Achigan à petite bouche perche l’arc-en-ciel

Sous l’eau, le serpent roi de Californie effleure la
Xénope lisse et le crabe bleu

Le rat surmulot dérape sec au bar

Le lapin américain s’agrandit sans fin

La Bernache du Canada, la Perruche à collier et la Grenouille verte des Balkans rigolent avec le frelon asiatique

L’écrevisse américaine est virile dans sa mer
Le ver plat de Nouvelle-Zélande se plie en quatre

Choquemort crevé retrouve la moule quagga et se tapent sur les pattes

Le moustique tigre mouche les poissons chats zébrés de cette longue soirée

3.- Glose sur Bimoqteur.

Bimoqteur se réunissent sur la table des anges. Sa partie graveuse polit le dos de sa partie venue de nulle part jusqu’à ce qu’il redevienne un morceau d’elle. Son ébullition se fait en gloire de fusion et sa partie nulle ressent le frottement doux de la table capitonnée comme un retour à leurs mille ans d’existence. Sa peau sèche et déserte, rougeoit et fume comme une braise près à prendre feu ; la graveuse se remplit de son âge doré, les joues rosées. Les mains coulissantes de miel de Bimoqteur ralentissent. Un léger écœurement cueille froidement la partie graveuse et elle tient la partie nulle pour responsable de cette malaisance.  Bimoqteur ainsi volent cahin-caha.

La partie venue de nulle part s’aperçoit assez vite qu’il y aun filet autour de lui : au-dessus plane un tronc. Un tronc est dans les parages quand il va dans la salle de repos, un mur plus qu’un espace car le tronc est grand et poussif, loin des autres. Il ne mange pas et pousse très haut sans grossir comme ces plantes qui n’ont pas besoin d’eau. La partie nulle revient des anges à l’instar d’une anémone des mers orange foncé se rétractant pour subir la marée. Derrière son lit, une pierre molle, rouge et humide s’est ainsi formée. Quelques heures par jour il devient prédateur de planctons. Mais il peut aussi être chauffé dans une poêle avec des tomates fondantes et quatre obus prêts à exploser.

La partie nulle ne sait pas quoi penser de Samax qui le videde ses pensées ; il sent l’intérêt qu’il aurait à y gagner mais n’est pas certain qu’il y serait libre. Une sorte d’équilibre s’est trouvé même si les bruits qu’il entend derrière le paravent lui font peur. Il n’a pas de chambre à lui mais un recoin.

Samax s’est formé dans son dos, il l’a su mais s’est accroché ; pourtant il sent bien que Bimoqteur se distend, devient plus abstrait. La partie nulle a fait de la partie graveuse un idéal et c’est là une dette impossible. Il l’acompris mais n’a rien pu en faire dans sa chair : cela ne lui laisse aucune chance. Il est face à l’exclusion nécessaire, tailler en bouc émissaire perpétuel. Le soleil fait orage, la partie graveuse déjà dégrossit. Il pleure d’insolation et d’isolation jusqu’à ce qu’un couple de voisins suggère de le mettre dans un seau d’eau. Il y reste des heures. Retour à la mare d’origine, il s’endort.

Quand Samax sortent du brouillard, il est déjà trop tard. La partie sortie de nulle part doit voler de ses propres arbres, si âgé, si jeune. Leur séparation n’est jamais totale car la partie graveuse voit en sa partie double une fille, celle qu’elle désire, une autre elle-même dans le miroir. Elle le lui a dit mille fois, l’habille en conséquence.

Les positions deviennent claires sauf que pour la moitié sortie de nulle part ce n’est pas juste : il l’a vue faite, pourtant Samax a pris sa place : coupable et donc responsable ; exclu mais essentiel. Plus tard la partie sortie de nulle part, esseulée, serait reconnue comme l’un des spécialistes mondiaux en ingénierie de câbles sous-marin. Cette destination s’est façonnée dans les linéaments de son exclusion initiale : elle ne peut tenir qu’en faisant tenir.

Ce qu’elle a apporté à la science est la nécessité de trianguler les câbles aussi solides soient-ils pour résister non seulement aux évènements naturels : tempêtes sous-marines et même éruption de volcan, mais surtout auxsabotages.

Quoiqu’il fasse la partie sortie de nulle part met de l’ordre et du récit, quoiqu’il fasse il rend tout cohérent. Leur partie graveuse défait les récits par des images anciennes luttant contre les ouragans d’images neuves et vides.

Bimoqteur réunient les douze segments entre eux, à mi-chemin de tous les lieux parcourus et de tous les extrêmes entre balade sur la plage et méditation au milieu d’un champ :

« Je supposons que nous sommes spécialistes de câble sous-marins pour transmettre, recoudre et éventuellement séparés ; je ne pouvons parler de nous car c’est impossible : Je, Bimoqteur, habitons en bilocation près d’un étang pollué en train de se vider et finalement de disparaître. Je peinons à nous réchauffer de loin. Je parlons d’une même voix à une densité de lecteurs inconnus. Il est un et deux à la fois. On ne parle pas des vrais responsables ».

Le président de la Gaule kraonnaise dit :

« On dit juste qu’il y a 4 mètres de vase bifacée sur 5 mètres de fond, que seuls les brèmes et les silures survivent et qu’il faudrait mettre toutes les cabanes par terre ». Celui qui vient de nulle part ne sait pas à quoi il ressemble, ni quel âge il a. Il ne voit, dans la glace, que sa partie image.

Si l’on efface un étang de 90 hectares en une rivière étroite, il reste quoi ?

Le noyau des eaux ?

Le chant des roseaux ?

L’éponge du tableau ?

Sur le sommet du chêne le plus haut de l’ex-île, Prinso,libéré du financier Anton, d’un regard étonné, ennuyé mais fier, observe le retrait du trait d’atoll ; les eaux surprises s’évaporent. Redevenues rivières,

elles se séparent

                                                        en lacets.

Envoi : il y avait

(en hommage au poète Jean Meschinot, grand rhétoriqueur des Princes qui a connu l’étang de Kraon)

Il y avait une rive hier

Y’a plus que la rivière

Il y avait de rudes hivers

Sur glace, des cannes si vertes

Il y avait carpes et brochets

Les brèMEs lèCHent les brINs d’rOchers

Il y avait une source pour les mari-és

Un ru épais forma rillette

Il y avait la mâcre du diable

Un traitement fut irrémédiable

Il y avait des chouettes effraies

Ragondin siffle leurs œufs frais

Jusque-là montaient les anguillets

Avec les langues étrangères, tout s’égayait

Il y avait les fêtes du samedi soir

Deux cafés et des mélèzes

Des cabanes « J’y sé benaise »

Gisent des villas en pourrissoir

Chute d’une cascade en eau de schiste

La grue concasse un nouveau kyste

Il y avait des moules et des îles

Un assec coule en grésil

Rest’une longue salve sous-marine

Perfluorée de stables alcalines

Il y avait des cygnes royaux

Restent d’insignes roseaux

Il y avait tant de nénuphars

Myriophylle est perclus d’fard

Il y avait l’étang tant tendre

Cent ans à l’entendre

Sous l’auvent d’antan

Sous le vent d’autan

Soulevant l’gros temps

Il y avait l’étang sans tain

Mais son temps est atteint

D’eau sale il est teint

S’attend et s’astreint

S’allonge et s’éteint

Reste l’étang en sang

Le lac baigné d’encens

Pas un pas ne dansant

Il n’y a pas de pansement

Juste un effacement.

Centon sur les séparations enlacées.

Il est impossible de s’imaginer la solidité

Des relations à l’époque. Par principe

On ne laissait jamais place au flottement de sorte

Que tout était utile. Les gens mouraient

Ravis de la longue attente

Puis la gentillesse basculait pour la dernière fois

L’être humain, inconsistant par essence, semblable à la poussière portée par les aires, ne supporte aucun lien.

De la pierre de taille du pont, d’où il est allé s’écraser dans la Vie, initié au vol par les blessures, — du
Pont Mirabeau.Où ne coule pas la rivière Oka. Et quels amours !

Je suis toi quand je suis moi.

Une nasse a capturé dans ses mailles une nasse

Nous nous séparons enlacés

Et quelque part dans cet instant existe la possibilité que nous ne nous revoyons jamais

Il me semble que vous m’échappez, que vous me disparaissez ; je vous perds pour toujours Je vous vide je vous dévide

Pas de lettres ! Apparemment aucun lien ! Ta main fine et pâle

Voilà ce qu’il était, ta blondeur et ton regard-en-arrière-lancé-vers-moi… Vingt secondes qui valaient vingt-cinq ans.

Dans ces moments de permanence que nous partagions

En marchant tous les deux

Tout de suite élargie en fluvial bosquet, elle étale un Nonchaloir d’étang plissé des hésitations à partir qu’a une Source

Comme sous le silence spacieux de ce que s’annonçait L’étrangère

Séparés, on est ensemble : je m’immisce à de

Sa confuse intimité, dans ce suspens sur l’eau où

Mon songe attarde l’indécise, mieux que visite, suivie D’autres, l’autorisera.

Résumer d’un regard la vierge absence éparse en cette solitude

Dans la stalle vacante à mes côtés, une absence d’ami… Témoignait du goût général à esquiver ce naïf spectacle.

L’absence d’aucun souffle unie à l’espace, dans quel lieu absolu vivais-je ?

A n’entr’ouvrir comme un blasphème

Qu’absence éternelle de lit

What can I do, I am losing you

La peur mortelle qui s’accroche à la fin d’un amour

 We only said goodbye with words
I died a hundred times
You go back to her
And I go back to -
I go back to us

Il n’y a de véritables adieux qu’en prison

Le soleil sur l’étang derrière l’usine à gaz

Toi aussi tu aimes un ami, tu sais ce que c’est que cet autre Vous-même… Il ne peut pas mourir sans que je l’aie revu au moins une fois, mourir loin de moi ainsi, c’est trop affreux !

                                        que nous le perdîmes de vue

Le ballon s’éleva si haut

Le bruit incessant des vagues se brisant sur les tôles

Elle lui baisa encore la bouche,

Le visage et les deux yeux tendre-

Ment ; puis elle partit, si triste

Je suivrai toi partout. Ne sui-vez point moi

Le Tibre seul, qui vers la mer s’enfuit,

Reste de Rome. O mondaine inconstance !

Ce qui est ferme, est par le temps détruit,

Et ce qui fuit, au temps fait résistance.

Cet autre signe de l’éloignement et de la dépossession : l’âge, Le temps perdu

Tout en rien doit un jour devenir … tout retourne à son Commencement

Le sujet propre à la poésie, c’est l’impossible, et pourtant le croyable. Il est impossible que la matière soit esprit, et Pourtant l’on a cru que le ciel, d’où semblait partir la foudre, Était Jupiter.

Je cherche avec elle (Julie) la relation entre l’ombre et la Lumière. Elle voit du rose dans les lumières, du violet dans les Ombres.

L’attirance de la mort

Trop vive saisit ce que nul lien n’assemble.

La proximité devenait séparation ; l’extase s’estompait. On Était seul. Il y avait un enlacement dans la mort

Mais ce qui était proche se retirait ; la tension se relâchait. Il Était passé ce moment.

Et pourquoi m’ayant créée, m’ont-ils ainsi cruellement

Séparée, moi qui ne suis qu’un ? pourquoi ont-ils porté aux

Extrémités de ce monde mes deux moitiés palpitantes,

Ensemble et séparés. Loin de toi avec toi.

Que fait dieu depuis qu’il a créé le monde ?

Il forme des couples

La dualité est belle lorsqu’elle est consciente de la non Dualité

Quand elle est amoureuse

Tout se tisse et se déchire

Isabelle semait des présents en s’éloignant

Le chant de l’oiseau dans notre cour sans arbre était une trouée de fraîcheur

Peut-être un de mes nerfs saura s’unir avec la tige

Et nous nous arbrerons d’un seul jet sur la tombe.

La Terre, la Terre unique, la Terre du berceau,

Blessée en plein cœur par cette tombe

At times, I think of human relationships as something soft like sand or water, and by pouring them into particular vessels we give them shape.

Aujourd’hui, je pense aux relations humaines comme à quelque chose de fluide : le sable ou l’eau : nous versons ces matières dans un contenant et nous lui donnons une forme.

La relation est faite d’émotions sauvages et elle devient un contenant où circulent des émotions contenues.

Nor where we live but where we love, the soul

Non où tu vis mais où tu aimons, l’âme.

Mit dir

Auf der Stimmbänderbrücke, im

Großen Dazwischen,

Nachtüber

Avec toi

Sur le pont de cordes vocales, dans le

Grand entre-deux,

Franchissant la nuit

Nous nous séparons enlacés.

Références.

1.- « Il est impossible de s’imaginer la solidité

Des relations à l’époque. Par principe

On ne laissait jamais place au flottement de sorte Que tout était utile. Les gens mouraient

Ravis de la longue attente »

John Ashbery in le tout et le reste in Autoportrait dans un miroir convexe.

2.- « Puis la gentillesse basculait pour la dernière fois L’être humain, inconsistant par essence, semblable à la poussière portée par les aires, ne supporte aucun lien »

  1. Kafka, La construction de la muraille de Chine, trad. S. Rilling.

3.- De la pierre de taille du pont, d’où il est allé s’écraser dans la vie, initié au vol par les blessures, — du
Pont Mirabeau.
Où ne coule pas la rivière Oka. Et quels amours ! »

  1. Celan In Choix de poèmes, La rose de personne © Poésie/Gallimard 1998, p. 213 (extrait)

4.- « Je suis toi quand je suis moi »

  1. Celan, Éloge du lointain choix de poèmes poésie Gallimard p.43.

5.- « Une nasse a capturé dans ses mailles une nasse

Nous nous séparons enlacés »

  1. Celan, Éloge du lointain choix de poèmes poésie Gallimard

6.- “Et quelque part dans cet instant existe la possibilité que nous ne nous revoyons jamais” K. Koch, La poésie comme on respire, Joca Seria 2021 p.91.

7.- Mme de Sévigné à sa fille « Il me semble que vous m’échappez, que vous me disparaissez ; je vous perds pour toujours », in Lettres de Mme de Sévigné, éd. Firmin Didot, 1853, T.2 lettre du 10 oct. 1673, n°306, p.127 (« je vous vide, je vous dévide » entendu dans le film Madame de Sévigné 2023).

8.- « Pas de lettres ! Apparemment aucun lien ! Ta main fine et pâle Voilà ce qu’il était, ta blondeur et ton regard-en arrière-lancé-vers-moi… Vingt secondes qui valaient vingt-cinq ans » K. Koch, La poésie comme on respire, Joca Seria 2021, p. 102-103

9.- « Dans ces moments de permanence que nous partagions En marchant tous les deux » K. Koch, La poésie comme on respire, Joca Seria 2021 p 106

10.- « Tout de suite élargie en fluvial bosquet, elle étale un nonchaloir d’étang plissé des hésitations à partir qu’a une source ».

 Mallarmé, Nénuphar blanc, Divagations, E. Fasquelle, 1897, Gallica, pp. 35-40

11.- « Comme sous le silence spacieux de ce que s’annonçait l’étrangère »

 Mallarmé, Nénuphar blanc, Divagations, 1897 pp. 35-40

12.- « Séparés, on est ensemble : je m’immisce à

Sa confuse intimité, dans ce suspens sur l’eau où

Mon songe attarde l’indécise, mieux que visite, suivie d’autres, l’autorisera ».

 Mallarmé, Nénuphar blanc, Divagations, 1897 pp. 35-40

13.- « Résumer d’un regard la vierge absence éparse en cette solitude »

 Mallarmé, Nénuphar blanc, Divagations, 1897

14.- « Dans la stalle vacante à mes côtés, une absence d’ami… témoignait du goût général à esquiver ce naïf spectacle ».

 Mallarmé, Divagations, 1897, p.21

 15.- « L’absence d’aucun souffle unie à l’espace, dans quel lieu absolu vivais-je ?».

 Mallarmé, Divagations, 1897, p.23

16.- « A n’entr’ouvrir comme un blasphème

Qu’absence éternelle de lit »

Mallarmé, une dentelle s’abolit.

17.- «What can I do, I am losing you» Anna Ternheim, Leaving on a Mayday, 2008.

18.- « La peur mortelle qui s’accroche à la fin d’un amour » Véronique Samson, Le feu du ciel.

19.- « We only said goodbye with words
I died a hundred times
You go back to her
And I go back to-
I go back to us » Amy Winehouse

20.- « Il n’y a de véritables adieux qu’en prison »

Max Jacob, Le laboratoire central, Poésie Gallimard, 1960, p.113

21.- « Le soleil sur l’étang derrière l’usine à gaz »

ibid. p. 44

22.- « Toi aussi tu aimes un ami, tu sais ce que c’est que cet autre vous-même… Il ne peut pas mourir sans que je l’aie revu au moins une fois, mourir loin de moi ainsi, c’est trop affreux ! »

Max Jacob, Lettre à René Villard in Lettres à René Villard II,présentation Y. Pelletier, Rougerie, 1982, p.11

23.-                                            que nous le perdîmes de vue »

« Le ballon s’éleva si haut

  1. Cadiot, L’art poetic’, POL, 2023, p.38

24.- « Le bruit incessant des vagues se brisant sur les tôles »

  1. Cadiot, L’art poetic’, POL, 2023, p.88

25.- « Elle lui baisa encore la bouche,

Le visage et les deux yeux tendre-

Ment ; puis elle partit, si triste »

  1. Cadiot, L’art poetic’, POL, 2023, p.126

26.- « – Je suivrai toi partout. Ne sui-vez point moi »

  1. Cadiot, L’art poetic’, POL, 2023, p.241

27.- « Le Tibre seul, qui vers la mer s’enfuit,

Reste de Rome. O mondaine inconstance !

Ce qui est ferme, est par le temps détruit,

Et ce qui fuit, au temps fait résistance. »

  1. du Bellay, Les antiquités de Rome, poésie Gallimard, 1967, p.30

28.- « Cet autre signe de l’éloignement et de la dépossession : l’âge, le temps perdu »

  1. Borel à propos de J. du Bellay in J. du Bellay, Les antiquités de Rome, poésie Gallimard, 1967, p.18

29.- « Tout en rien doit un jour devenir … tout retourne à son commencement »

  1. du Bellay, Les antiquités de Rome, poésie Gallimard, 1967, n°18, n°20.

30.- « Le sujet propre à la poésie, c’est l’impossible, et pourtant le croyable. Il est impossible que la matière soit esprit, et pourtant l’on a cru que le ciel, d’où semblait partir la foudre, était Jupiter », G. Vico, trad. Par J. Michelet (1798-1874). In Œuvres complètes de J. Michelet. T. 27. 1893-1898 de Vico, La science nouvelle, Gallica Livre II de la sagesse poétique, de la métaphysique poétique.

« Impossibile credibile » « Son domaine est dans l’impossibilité croyable. Est-il possible en effet que nos corps soient des esprits, et que le ciel orageux soit Jupiter ?» G. Vico, La science nouvelle, trad. C. Trivulzio, Tel Gallimard, 1993, p.135.

31.- « Je cherche avec elle (Julie) la relation entre l’ombre et la lumière. Elle voit du rose dans les lumières, du violet dans les ombres ». Berthe Morisot, Carnets, 1885-1887.

32.- « L’attirance de la mort

Trop vive saisit ce que nul lien n’assemble ». Hölderlin, « Grèce I », Poèmes, trad. G. Roud, Allia, 2023, p.93.

33.- « Mais ce qui était proche se retirait ; la tension se relâchait. Il était passé ce moment », V. Woolf, Mrs Dalloway, p. 228, Le livre de poche, (1925) 1993.

34.- « La proximité devenait séparation ; l’extase s’estompait. On était seul. Il y avait un enlacement dans la mort » V. Woolf, Mrs Dalloway, p. 350, Le livre de poche, (1925) 1993.

35 et 36- « Et pourquoi m’ayant créée, m’ont-ils ainsi cruellement séparée, moi qui ne suis qu’un ? pourquoi ont-ils porté aux extrémités de ce monde mes deux moitiés palpitantes »

« Ensemble et séparés. Loin de toi avec toi. »

Paul Claudel, Le soulier de satin, 1929

37.- « Que fait D.ieu depuis qu’il a créé le monde ?

Il forme des couples »

Rabbi Yosé ben Helpetha (Sepphoris II° siècle)

38.- « La dualité est belle lorsqu’elle est consciente de la non dualité », Gabriel Hagaï, Itinéraire d’une initiation, Vues de l’esprit, Bruxelles, 2025, p.120.

39.- Mit dir

Auf der Stimmbänderbrücke, im

Großen Dazwischen,

Nachtüber

Avec toi

Sur le pont de cordes vocales, dans le

Grand entre-deux,

Franchissant la nuit

  1. Celan, Renverse du souffle, points, 2003, p.168 et 169

40.- « Quand elle est amoureuse

Tout se tisse et se déchire »

  1. Moussempès, Sauvons l’ennemie, Flammarion, 2025, p.40.

41.- « Isabelle semait des présents en s’éloignant

Le chant de l’oiseau dans notre cour sans arbre était une trouée de fraîcheur »

  1. Leduc, Thérèse et Isabelle, Folio, p.40.

42.- Peut-être un de mes nerfs saura s’unir avec la tige

Et nous nous arbrerons d’un seul jet sur la tombe.

La Terre, la Terre unique, la Terre du berceau,

Blessée en plein cœur par cette tombe

 

Juljan Tuwim, trad. Armand Robin, Mesures, janvier 1939.

43.- Nor where we live but where we love, the soul

Non où tu vis mais où tu aimes, l’âme.

Kathleen Raine, Sur un rivage désert, trad. J. Mambrino et M-B Mesnet, La Coopérative, 2025.

44.- At times, I think of human relationships as something soft like sand or water, and by pouring them into particular vessels we give them shape

Sally Rooney, Beautiful World, where are you, Faber, 2021, p.92.

Avertissement : le texte n’a voulu ajouter sur terre que le moins de phrases possibles et a donc choisi de pasticher-transformer-par-contrainte ce qui existe déjà : notammentdes pieuvres des grands rhétoriqueurs, des troubadours, de Mallarmé et de Paul Fort.

Pour le colophon :

Un relathon est un texte dans lequel les segments entre deux entités sont les acteurs. Une grammaire des segments possibles et de leur enchaînement tient en une douzaine de cas, les autres contacts sont faibles ou communs. Chaque segment dual est des deux côtés de la « causeuse » en bilocation. En effet, les deux relata finissent par se ressembler et peuvent être dans deux endroits en même temps. La contrainte est donc de présenter des duos en constituant une conjugaison truale (une conjugaison qui se fait à la truelle pour combler les espaces entre les pierres, les entités, de l’intérieur ou de l’extérieur). Le cahier des charges invite à ne pas employer un mot que Max Jacob trouvait particulièrement laid : la relation (et aussi le lien et le rapport), et qui tend à essentialiser le duo en en faisant une nouvelle entité telle une chaîne, alors qu’il s’agit d’une distance sous l’égide d’un autre espace en transformation perpétuelle.