Pour écrire « Interversion», l’auteur a consulté les documents suivants :

– Abraham et M. Torok, (1978), L’écorce et le noyau, Flammarion, Champs essais, 2009 : sur la théorie de la crypte en psychanalyse.

– H. Becker, Hypertext Fiction, Cultura & Economia, Lisbon1995, Texte disponible sur le site personnel de l’auteur : http://home.earthlink.net/~hsbecker/. Un début de réflexion sur l’influence de l’Internet sur l’écriture d’une fiction.

– W. Benjamin, La Tache du traducteur, 1923 in Œuvres, T1, Folio Essais, 2000.

– H. J. Berman, Droit et Révolution, L’impact des Réformes protestantes sur la tradition juridique occidentale, Fayard, 2003.

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– M. Chriqui, Rabbi Moche Hayim Luzzatto, Le Flambeau De La Cabale 1707-1746, Canada, Éditions Ramhal, 1990

– C. La Colombière, Marguerite-Marie Alacoque, éd. Jésuites, coll. Sur la route des saints, 2010.

– M. Colucci, Pensées et anecdotes, Le Cherche Midi, 1995 « le pape ne croit pas en Dieu ; vous avez déjà vu un prestidigitateur qui croit à la magie, vous ? »

– M. Cornu, F. Orsi et J. Rochfeld, Dictionnaire des biens communs, Quadrige, 2017.

– Cour de cassation, 1re civ., 4 mai 2017, n°16-17.189, sur le sexe neutre : « La loi française ne permet pas de faire figurer dans les actes de l’état civil l’indication d’un sexe autre que masculin ou féminin ».

– J. Croiset (1691), La Dévotion an Sacré-Coeur de Notre-Seigneur Jesus-Christ : Avec La Bulle de Nostre-Saint Pere Le Pape Clement XI : L’Abrégé de La Vie de Soeur Marguerite-Marie Alacoque, 2013.

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– P. Dardot et C. Laval, Commun, Essai sur la révolution du XXI° siècle, La Découverte, 2014.

– D. Decoin, L’affaire des poisons, film, 1955 avec Danielle Darieux, Viviane Romance et P. Meurisse.

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– E. Garbagnati, La sostituzione processuale, Milan, 1942, son concept inspiré de Kohler a été consacré à l’article 81 du Code de procédure civile italien : « Sostituzione processuale. Fuori dei casi expressamente previsti dalla legge, nessuno puo far valare nel processo in nome proprio un diritto altrui », « Substitution processuelle. En dehors des cas prévus par la loi, personne ne peut exercer en justice le droit d’autrui en son nom propre » (trad. libre). Le principe est donc que chacun exerce ses propres droits et qu’il faut une loi pour qu’il en soit autrement et à titre exceptionnel.

– E. Garcia Herman, Ignace de Loyola, Seuil, 2016.

– J.-C Gémar et V. Ho-Thuy, Nouvelles difficultés du langage du droit au Canada, Dits et maux de Thémis, éd. Thémis, Université de Montréal, 2016, V° Représentation légale, ces auteurs déconseillent l’utilisation du terme de représentant légal pour traduire l’anglais legal représentative qui en droit des successions veut dire ayant-cause et n’agit pas au nom et pour le compte d’autrui.

– P. Goodrich, Law in the Courts of Love: Literature and Other Minor Jurisprudences (The Politics of Language), Routledge London and New York, 2002.

– T. Goodwin, The Heart of Christ in Heaven towards Sinners on Earth, London,1645 and Christ set forth, London, 1651 Section Three, Chapter Four: The second head propounded, the influence Christ’s resurrection has into justification. Two branches of the demonstration of this: First, that Christ was a common person, representing us in all he was, or did, or suffered, handled at large; more especially a common person in his resurrection. Chapter Five: The second branch: How Christ’s representing us as a common person in his resurrection, has an influence into our justification, made forth by two things: 1. How Christ at his resurrection was justified from our sin; 2. That we were all then justified in him as a common person.

D. G. Greene, ed. (1977). Diaries of the Popish Plot: Being the Diaries of Israel Tonge, Sir Robert Scuthwell, Edmund Warcup, John Joyne, and Thomas Dangerfield: And Including Titus Oates’s A True Narrative of the Horrid Plot (1679). New York: Scholars’ Facsimiles & Reprints.

– R. Grossi, Understanding Law and Emotion, Emotion Review, 2015 January 55-60, en ligne. Sur le mouvement de théorie du droit américaine qui prescrit au juge de tenir compte de ses émotions.

– T. Hobbes (1651), Leviathan, Essai Folio, 2000, en particulier le chapitre 16.

– Max Jacob, Conseils à un jeune poète, Gallimard, 1972, p.21 : « Rien de plus triste, de plus pesant que les idées ; elles sont toutes de M. Prudhomme et M. Homais. Elles cessent d’être des idées si vous les ressentez à mort, si vous les ressentez avec passion, avec expérience, si vous les transformez en sentiment. Cela est la signification du culte si méconnu du Sacré-Cœur. La lance qui a traversé la poitrine de N.-S. J.-C. est la flèche indicatrice que prennent les idées pour devenir valables ».

– Y. Jacobson, La pensée hassidique (trad. C. Chalier), Cerf, 1989.

– E. Jeuland, La fable du ricochet, Mare et Martin 2009, prix Debouzy ; La coïncidence d’Alcazar publiée sous le titre : La théorie relationiste du droit, Lextenso, 2016 ; Substitution ou représentation ? À propos du projet d’action de groupe, JCP Générale n° 37, 9 Septembre 2013, 927 ; Recherche lexicographique en procédure civile, Lexicographical Research in Civil Procedure, dir. avec S. Lalani, IRJS 2017 ; Juge et émotion, working paper, Hal, 2018.

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J. Kenyon (1985). The Popish Plot (2nd ed.). Reprinted by Phoenix Press, 2000.

– Joseph Kohler, Succession in das Processverhältnis, S. 296, 1888, il définit Le concept de Prozesstanschaft comme « ein civilistiches Verhältnis der einen Person zum Civilrecht einer anderen Kraft welchen Verhältinisses es der einer Person zusteht einen Prozess zu führen, dessen civilistische Folgen auf die andere Person fallen », ce qui signifie en substance : le pouvoir qu’a une personne d’exercer en justice le droit civil d’une autre personne sur laquelle les effets de l’action retombent. Il est à l’origine de la distinction entre l’action de substitution et l’action en représentation.

– S. Kott, La citoyenneté sociale in Europa notre histoire, les Arènes, dir. E. François et T Serrier, 2017, p. 205 s. sur la nécessité d’une citoyenneté reconnaissant des droits sociaux pour bâtir une Europe digne de ce nom.

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– P. Little, The English Civil Wars, A Beginner’s Guide, Neworld, 2014.

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– Martial d’Auvergne, Les arrêts d’amour, édition de Lyon, 1533 (Gallica), Martial était un procureur du roi au Châtelet de Paris et se moquait, par ses écrits littéraires, du monde galant.

– P. Miquel, Vincent de Paul, Fayard, 1996

– G. Moursi Badr, La tendance objective en matière de représentation dans la Common Law et le droit islamique, Revue internationale de droit comparé, 1965 2 pp. 379-394 (sur Persée) qui montre que le Common Law et le droit islamique ont une conception objective de la représentation qui peut lier un représenté à un cocontractant sans que ce dernier n’ait su que le représentant agissait pour le représenté dans les cas où le contrat est dénué d’intuitu personae. Ce qui compte alors est de favoriser le commerce. L’auteur écrit : « pour reprendre une métaphore de Demogue (Traité des obligations en général, T1, Paris 1923, p.17), la conception objective de l’obligation « considère plus la chaîne que les extrémités ». L’approche relationiste du droit consisterait à tenter d’aller au-delà de la métaphore puisqu’il n’y pas de chaîne mais une juste distance et donc un vide symbolisé pour dire : il s’agit de considérer davantage le vide entre les extrémités que ces extrémités.

– P. Musso, la religion industrielle, Fayard, 2017, sur l’origine religieuse notamment dans les monastères du management contemporain.

– J. Nedelsky, Law’s Relations, Oxford University Press, 2010.

– M. Novak, The Type Theory of Law, 2016, Springer.

– M. Nussbaum, L’art d’être juste, Climat, trad. Clavel, 2015 qui invite les juges à se former en lisant des romans, l’auteur est aussi à l’origine du mouvement Law and Emotion.

– L. Onnis, Psychotérapies et neurosciences : une nouvelle alliance, de l’intersubjectivité aux neurones miroirs, Fabert, 2015 exprime le tournant relationel de l’épistémologie et le besoin d’une nouvelle alliance entre neurosciences et sciences humaines mais le droit est absent et la conception du symbolique est confondue avec le langage.

– Oulipo, Abrégé de littérature potentielle, Mille et une nuits, 2002.

– M-A. Ouaknin, Zeugma, Seuil, 2008 (zeugma qui est à l’origine du mot zigzag). L’auteur a aussi proposé une interprétation du premier verset de la Bible au cours d’un séminaire (voir chapitre 0)..

– G. Perrec, La vie mode d’emploi, Le Livre de Poche, 1980.

– J. Pollock, The Popish Plot : A Study in the History of the Reign of Charles II 1903, Classic Reprint, 2017.

– C. Porodou (dir.), L’Ouvroir de Droit Potentiel, anthologie 2013-2017, IRJS éditions, 2017.

– E. Rosenstock-Huessy, Out of Revolution, Autobiography of Western Man,  Argo Books, 1969, sur l’origine religieuse du droit contemporain.

– J. Saada, Hobbes et le sujet de droit, CNRS éd., 2010.

– Mme de Sévigné, Lettres, (autour de 1670), Flammarion Poche, 1976.

– F. Skali, La voie soufie, Spirutalités vivantes, Albin Michel, , 1993 citant Ibn ’Arabi qui considère la Ka’aba à la Mecque comme le coeur de l’univers, p. 106 et aussi sur le riche concept de coeur chez les soufis proche de l’intuition : p. 79-82 où l’on apprend que le mot Fiqh qui veut dire jurisprudence a d’abord voulu dire “intelligence du coeur”.

– A. Somek, Legal Relation, Cambridge University Press, 2017.

– P. Springborg (ed.), The Cambridge Companion to Hobbe’s Leviathan, Cambridge University Press, 2007, spéc. Chap. 6 Quentin Skinner, Hobbes on Persons, Authors and Representation, p. 168 et 169 : «One intriguing possibility is that he (Hobbes) may have been influenced by the English covenanting theologians of the early 17°. A number of puritan divines, including Paul Bayne, William Bridge and Richard Sibles, had developed out of Lutheran sources an argument about Adam and Christ as ‘common persons’ representative of mankind. The pioneer among these writers was William Perkins, but perhaps the most suggestive development of their ideas can be found in Thomas Goodwin’s Treatise of 1642 entitled Christ set forth, to which Hobbes’s analysis of representativeness in Leviathan bears some astonishingly close resemblances ».

– E. Todd, Où en sommes-nous ? Seuil, 2017, qui note l’importance du XVII° siècle pour comprendre le Brexit.

– F. Vergniolle de Chantal, Carl Schmitt et la « révolution conservatrice » américaine, in Raisons politiques, 2005/3 (no 19), Pages : 244, Presses de Sciences Po (P.F.N.S.P.)

– P. Wood, The Fall of the Priest and the Rise of the Lawyers, Bloomsbury, Oxford, Portland, 2016 qui décrit le passage des prêtres aux juristes en Common Law.

M. Yalom, The Amorous Heart: An Unconventional History of Love, Basic Book 2018.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Sources historiques.

Le crime du juge Godfrey joue un rôle fondateur dans l’histoire anglaise même si les anglais eux-mêmes ne connaissent pas toujours cette histoire (v. J. Kenyon (1972). The Popish Plot (2nd ed.) Reprinted by Phoenix Press, 2000). Des études récentes ont tenté d’élucider son meurtre et plusieurs romans anglo-américain ont imaginé différentes explications mais le mystère demeure. Trois personnes Green, Berry et Hill ont été accusées, semble-t-il à tort, du meurtre du juge Godfrey et exécutées. Or, le corps a été retrouvé au pied de Primrose Hill, un des endroits les plus agréables de Londres, au Nord-Ouest, d’où l’on aperçoit toutes la ville. Cette colline aurait porté, selon l’historien Acton (1905), dans un passé lointain avant même ce meurtre un autre nom. Elle s’appelait : Greenberry Hill, la colline des baies vertes, les trois noms des tueurs prétendus. La coïncidence paraît incroyable et a contribué selon cet historien du début du XX° siècle à leur condamnation. A vrai dire, il semble bien que ce soit l’historien qui ait commis une erreur, Primrose Hill s’est appelée Greenberry Hill après le meurtre pour faire référence aux trois hommes exécutés.

Il faut dire que la période était particulièrement violente en Angleterre qui sortait à peine de la guerre civile (1642-1645), de la dictature puritaine de Cromwell (1653-1658, à noter qu’à l’initiative de Manasse ben Isreal, Cromwell a aboli en 1656 un édit de 1290 qui avait expulsé la communauté juive d’Angleterre), de la dernière peste (1665) du grand incendie de Londres (1666 prétendument causé par Hubert Robert un français arrivant de Rouen). Le procès du meurtre du juge Godfrey a préparé le terrain à la « Glorious Révolution » de 1688 qui est elle-même à l’origine de … la mondialisation du marché financier et de l’indépendance des États-Unis. Cette histoire a conduit à interdire que le monarque anglais soit un catholique jusqu’en … 2015. Il faut aussi rappeler que la conspiration des poudres de 1605 était déjà un complot catholique (connu d’un père jésuite) contre le roi et le parlement.

La duchesse d’York, Marie de Modène (1658-1718), une italienne catholique, a eu un confesseur nommé Claude la Colombière arrivé à Londres en 1678. Le précédent, nommé Saint-Germain, qui a été soupçonné de comploter pour le parti catholique, avait dû retourner en France. Saint-Germain, était très lié au père la Chaize, le confesseur du roi de France. On peut supposer que Claude la Colombière a été envoyé en Angleterre par le même père la Chaize dans un but précis.

Le duc d’York était catholique même s’il ne le criait pas sur tous les toits et avait un secrétaire nommé Coleman qui était protestant. Le Test Act de 1673 empêchant les catholiques de détenir un emploi public ne s’appliquait pas à lui mais il était sous la menace d’un futur Test Act. Celui de 1678 est la conséquence du meurtre du juge Godfrey et du Popish Plot, l’interdiction s’étend cette fois à toute le noblesse mais le duc d’York est exempté.

La Colombière a été inquiété par la police mais il a prétendu ne rien avoir fait de vraiment répréhensible. Il a seulement voulu convertir trois protestants français vivant à Londres. En tant que chapelain de la duchesse, il a intégré la dévotion du Sacré-Coeur dans ses messes à la chapelle royale située dans Sommerset House et a essayé de la répandre, mais rien de plus.

Le duc d’York était l’héritier du trône. Une forte somme a été requise du roi de France par l’intermédiaire de Coleman et de la Chaize pour corrompre le parlement afin que le nouveau roi soit le duc d’York si jamais le roi Charles disparaissait. Le nouveau roi pourrait ainsi rétablir le catholicisme comme il l’avait promis secrètement. Il y a bien eu un complot, cependant celui qui a lancé l’alerte un dénommé Titus Oates (1649-1705) n’était pas très recommandable car il a menti, s’est dédit et a changé de version. Oates avait été catholique et élevé dans les monastères sur le continent. Il parlait français et croyait savoir que les comploteurs s’étaient réunis sur le Strand dans une taverne nommé le White Swan le 24 avril 1678. La date était exacte mais pas le lieu. C’est en réalité le duc d’York qui a reçu une congrégation de l’Armée des Pères pour envisager la mort du roi par un empoisonnement qui serait administré par un des pharmaciens du roi. Il les a reçus chez lui dans son palais et non au pub le White Swan. Titus Oates reste, selon un historien, l’Anglais le plus détesté de tous les temps (ses – sans doute – faux-témoignages ont conduit à l’exécution de 35 personnes).

C’était le moment où l’Angleterre pouvait redevenir catholique, ou bien se purifier dans le puritanisme ou encore trouver la voie médiane d’un catholicisme indépendant et national, l’anglicanisme. Louis XIV était alors puissant et pensait pouvoir faire basculer les choses en Angleterre avec l’Armée des Pères dans l’esprit de la contre-réforme.

Les trois protestants qui ont dénoncé la Colombière de vouloir répandre le culte catholique du Cabazor auraient tout aussi bien pu le dénoncer d’avoir fait partie du complot papal contre le roi s’il en avait été membre. Ils ne l’ont pas fait c’est donc, selon l’historien Acton, qu’il était innocent. Il prétend, autrement dit, que puisque ces hommes étaient payés pour dénoncer la Colombière, ils auraient pu l’être pour le dénoncer d’être un comploteur. Puisqu’ils ne l’ont pas fait, c’est donc que le père la Colombière n’était pour rien dans le complot contre le roi qui se préparait. On a reproché à la Colombière quelque chose de véniel pour pouvoir s’en débarrasser. Il est effectivement reparti en France, après quelques semaines de prison à la Tour de Londres.

La Colombière a seulement été présenté comme le défenseur du culte du Sacré-Coeur. Or, il entretenait des liens étroits avec Coleman et le père la Chaize. Quand on sait que, dans l’Armée des Pères, chacun obéit aveuglément, on ne peut s’empêcher de penser que la Colombière a très bien pu être impliqué de près ou de loin dans ce complot. Il manquait peut-être simplement une preuve.

Ce qui du coup devient mystérieux est cette question du Sacré-Coeur. Le culte du Sacré-Cœur paraît avoir été inventé par un universitaire protestant d’Oxford, Goodwin, en 1643 (l’adoration du cœur de Jésus était bien plus ancienne et l’on peut retrouver sa trace au Moyen-Age en Allemagne notamment). Jean Eudes a répandu ce culte sur le continent dans les années 1670. Il écrit lui aussi un livre sur le Sacré-Cœur où il ne cite jamais Goodwin. Lorsque l’on compare les deux livres, on mesure à la fois leur distance et leurs points communs. Le livre protestant est un commentaire du texte biblique comportant une élaboration théologique qui mêle les discussions portant sur la Trinité et le cœur saint. Dans le livre de Jean Eudes, il est question des anciens pères de l’église qui ont discuté du cœur de Jésus. On y trouve beaucoup moins de commentaires de texte que chez Goodwin. Il se situe dans une tradition catholique qui mêle le culte du cœur de Marie et celui de Jésus, alors que Goodwin évidemment ne parle pas de Marie. Cependant, un passage assez long est consacré par Jean Eudes à la Trinité dans sa relation avec les cœurs et l’on retrouve en substance les analyses de Goodwin. Jean Eudes fera pratiquer le culte du Sacré-Coeur dans les séminaires qu’il a créés en Normandie et, à Rennes, semble-t-il pour la première fois, en 1670. Pourtant, il n’a pas été considéré comme le créateur du culte du Sacré-Coeur dans le monde catholique. L’histoire écrite au départ par la Colombière (dans sa biographie de Marie-Marguerite Alacoque) a retenu, comme origine de ce culte, Marie-Marguerite Alacoque et ses révélations.

Comment tout cela s’arrange-t-il ? Peut-on imaginer que Jean Eudes vivant en Normandie, personnage puissant, ait pu avoir connaissance du livre de Goodwin, lui-même très connu en Angleterre, président du collège de la Madeleine d’Oxford ? On ne sait pas si Eudes comprenait l’anglais. Ce que l’on sait est que Titus Oates a passé le début de sa vie dans les monastères du continent en Espagne et à Douai. Eudes n’était pas membre de l’Armée des Pères mais il était tout de même proche de cette congrégation. La contre-réforme impliquait de renouveler les cultes, de les réactualiser en trouvant un élément fort et parlant tout en se débarrassant du culte des reliques trop supertistieux. Il fallait faire appel à une religion plus émotionnelle. Il fallait sans doute aussi empêcher que le protestantisme ne s’empare de le belle idée du Sacré-Cœur impliquant de prendre en compte les émotions individuelles. Cela ressemble à une guerre autour du monopole du cœur. On sentait que les protestants avaient une idée forte, il fallait les prendre de vitesse. Rien empêche d’imaginer que Titus Oates ait servi de traducteur à Jean Eudes.

Le meurtrier du roi aurait dû être le confesseur de la reine, membre de l’armée des Pères (le roi finira par mourir d’un accident de cheval peut-être criminel). Comment le culte du Sacré-Coeur et l’attentat du roi sont-ils liés ? La Colombière a passé quelques temps en Bourgogne auprès de Marie-Marguerite Alacoque pour recueillir ses visions sur le Sacré-Coeur puis est parti en Angleterre. Que va-t-il y faire ? Visiblement il était brillant et obéissait aux ordres. L’Angleterre pouvait rebasculer vers le catholicisme si on l’y aidait ou bien devenir protestante sous l’influence hollandaise. L’équilibre international du monde était en jeu. Il fallait éliminer le roi resté en apparence protestant et répandre un nouveau culte catholique. Il fallait occuper le terrain créé par l’invention du Sacré-Coeur. La tâche de la Colombière était distincte de celle des comploteurs mais il connaissait les membres du groupe formé autour du duc et de la duchesse d’York pour renverser la royauté.

Après l’exécution ou l’exil de tous les comploteurs, essentiellement des innocents et aucun puissant, le duc d’York devint roi en tant que James II. L’Angleterre pouvait donc redevenir catholique. Le premier ministre de Charles II, John Danby, a été critiqué car il aurait caché le « Popish Plot » (le complot papal) alors qu’il en avait été informé par le juge Godfrey. Il est ainsi tombé de sa position ministérielle par impeachment et a même été accusé d’avoir fait tuer le juge Godfrey. Il a été enfermé dans la Tour de Londres pendant 5 ans. Cependant, il avait été à l’origine du mariage de Mary et William, les deux souverains en exil en Hollande. Il a donc été réhabilité après leur retour au pouvoir pour succéder à James II. Pour autant, il n’a pu obtenir de nouveau le titre de premier ministre qu’il briguait. Il s’est tourné vers les affaires et a été impliqué dans un scandale. Il a permis que la compagnie des Indes obtienne une autorisation d’exercer dans toute l’Asie en payant grassement un secrétaire d’État qu’il connaissait. Ce dernier a nié mais s’est aussitôt exilé, si bien que la procédure criminelle engagée contre Danby a été stoppée.

Willian et Mary sont revenus d’Hollande à la tête de la flotte hollandaise. Ce fut la période de la « Glorious Revolution ». En fait, avec du recul on peut y voir l’invasion de Guillaume d’orange et donc une sorte de colonisation hollandaise. Cependant, elle a été habilement présentée comme une prise de pouvoir par un roi protestant d’origine anglaise. L’empire intercontinental hollandais s’est déversé dans le futur empire anglais. Les hollandais apportèrent la lettre de change et le marché financier. Le Bill of Right a été signé en 1689 pour limiter les pouvoirs de ce nouveau roi qui était, en fait, porté par le camp hollandais. Les deux marines ont fusionné permettant à la marine britannique de prendre son envol.

Pour des raisons parallèles, l’indépendance de la Nouvelle-Angleterre a sans doute pris ses racines à ce moment également. Bérule, le maître de Jean Eudes, a été en contact avec John Cotton, un important puritain, en 1633 avant son départ pour la nouvelle Angleterre. Les stratèges de l’époque savaient que les enjeux politiques prenaient une forme religieuse. On a prétendu que la Colombière avait trouvé le culte du Sacré-Coeur inconnu en Angleterre. « Il serait néanmoins ridicule d’attribuer à Goodwin la moindre influence sur le mouvement du Sacré-Cœur », selon le dictionnaire d’apologétique de Begasière. Sauf que : Jean Eudes a rencontré Marie-Marguerite Alacoque une première fois, semble-t-il, dans les années 1640. De plus, le culte catholique du cœur existait déjà  quand la Colombière est arrivé en Angleterre. Il s’agissait plutôt alors de revenir sur les terres de son inventeur pour lui dénier ce titre, occuper le terrain et en profiter pour tenter de faire basculer le pays. Ce fut  au fond un épisode d’espionnage religieux. On a volé, en quelque sorte, les plans d’un nouveau culte pour des raisons de propagande. Les révélations divines de Marie-Marguerite Alacoque incitant à créer le culte du Sacré-Coeur ont permis de camoufler son origine protestante. Cela a évité peut-être aux adeptes de ce culte de se sentir en dette vis-à-vis des protestants.

Quand il meurt de tuberculose à 41 ans, la Colombière est revenu à Paris. Marie-Marguertie Alacoque lui avait dit que Jésus lui demandait le sacrifice de sa vie. Elle l’a, en quelque sorte, sacrifié. On le présente pourtant dans l’histoire comme celui qui a fait la jonction entre Ignace de Loyola et Lasalle, un autre jésuite célèbre. Sainte Marie-Marguterite Alacoque reste une personne controversée pour ses pratiques religieuses extrêmes et son caractère peu équilibré ; elle est décédée jeune de le grippe espagnole.

Le culte du Sacré-Cœur a en France une histoire très riche passant notamment par Marseille, Nantes, la Roche-Bernard et la butte Montmartre. Il a visiblement remplacé dans l’histoire religieuse le culte des reliques. L’évêque Belzunce élevé à Paris au futur collègue Louis le Grand (près du Collège Sainte Barbe où le jésuitisme a bien été conçu par ses trois fondateurs même si l’acte de naissance est une décision prise lors qu’une réunion dans une église de Montmartre), se sert du culte du Sacré-Cœur à Marseille pour apporter une réponse religieuse à la dernière grande peste. Une hypothèse fantaisiste pourrait tenter d’expliquer l’opposition footballistique passionnée entre Paris et Marseille, inventée notamment par les médias très récemment, par une querelle profonde autour de la possession du Sacré-Cœur (Marseille est première historiquement mais la basilique du Sacré-Cœur de Paris est plus connue).

On trouvera par ailleurs une révolte des Demoiselles contre la « privatisation » des forêts dans le Sud de la France (Arière 1829-1832). Le nom de cette révolte vient du fait que ses protagonistes se déguisaient en femme pour ne pas être reconnus et attaquer les propriétaires et les garde-forestiers les empêchant de ramasser du bois.

Hobbes a failli être jugé en France mais est retourné en Angleterre à temps pour échapper à son procès. Le roi d’Angleterre lui a demandé de ne plus écrire sur les questions politiques. Il a été, semble-t-il (selon un de ses importants commentateurs d’aujourd’hui, Quentin Skinner) directement influencé dans sa conception de la souveraineté et de la représentation par le protestant Goodwin. Le procès Hobbes en Angleterre est une fiction tandis que le procès Brown contre Vermynden qui a bien existé n’a pas été tranché par le juge Godfrey. Il s’agit d’un arrêt fondateur en matière de class action. Le procès du pharmacien du roi pour dette a bien été dirigé par le juge Godfrey.

Enfin, Hobbes a influencé la pensée du juriste allemand Carl Schmitt qui l’a radicalisé en remplaçant le souverain abstrait par un leader (ou führer). Toutes les références à la distinction juridique entre la représentation et la substitution sont réelles. Joseph Kohler un juriste allemand étonnant de la fin du 19° siècle, poète et précurseur du mouvement Droit et Littérature (il écrit notamment un ouvrage de philosophie du droit appelé : Shakespeare vor dem Forum der Jurisprudenz, Würzburg, 1883) analysait le procès comme un ensemble de rapports de droit et a proposé de distinguer la substitution de la représentation en matière de procédure. Son idée est reprise par un italien en 1942, Garbagnati, qui influence l’article 81 du code de procédure civile italien.

Une discussion a toujours lieu en Italie pour savoir si l’action de groupe relève de la représentation ou de la substitution. La discussion ne paraît pas avoir lieu en Allemagne qui n’a toujours pas d’action de groupe mais plutôt une procédure de jugement pilote. Sans pouvoir en être certain, on peut penser que l’absence d’action de groupe en Allemagne est liée à leur connaissance presque inconsciente de la distinction entre représentation et substitution. En Espagne, l’action de groupe paraît bien relever de la qualité à agir et non de la représentation. Dans les pays lusophones, l’origine de l’action de groupe est l’action populaire d’origine romaine et n’est qu’indirectement influencée par la class action américaine.

Le projet ELI-Unidroit de principes européens de procédure civile a choisi de ne pas qualifier l’action de groupe de representative action pour éviter toute confusion avec les droits continentaux et maintenir une cohérence entre ses références à la représentation traditionnelle dans la procédure, sa reprise de l’article 81 du code de procédure civile italien créant l’action de substitution et l’action de groupe en réparation. Cependant, l’influence de la théologie puis de la pensée de Hobbes sur la nature de la class action comme representative action est une simple hypothèse de recherche.

Voir Rodropo,, Interversion