Compte rendu infidèle de la séance du 18 septembre 2018 (le style oral a été conservé).

13 h à 15 h en salle des professeurs à l’IRJS, 4 rue Valette, 75005 Paris, 2° étage.

Présents : Pierre-Yves Verkindt, Alicia Mazouz, Emmanuel Jeuland, Isabelle Ta, Romain Rousselot, Junior Dokodo, Nissim Elkaïm et Tatiana Dolmane Kouam.

Excusés : Liza Veyre, Viveca Mezey, Frédéric Martin, Liza Veyre, Arlette Tanga, D. Simonneau, S. Papaefthymiou.

La séance de reprise commence par une propostion d’écriture de sms automatique avec le dictionnaire automatique : les résultats varient selon les téléphones quand on tape Oudropo, cela donne :

Oudropo outdoor

Oudropo de Paris mais j’appréhendai je vous remercie pour votre réponse

Oudropo is a great place to work

Oudropo art de problème pour la livraison est correcte

Ce qui est intéressant notamment avec ces dictionnaires proposant la suite de ce que l’on écrit est qu’ils ne font pas la différence entre le conditionnel et le futur.

  1. Simiand présente son article sur les adverbes dans le Code civil. Il cite un article du Wall Street Journal qui avait mené une charge contre les adverbes de manière en droit car ils révélaient la mauvaise qualité de la rédaction juridique. En France, on entend parfois qu’il y a une forme de déclin de la langue juridique. Est-ce une impression ou est-ce exact ? Un conseil de style classique est d’éviter les adverbes en « ment », donc si on observe une explosion de ces adverbes, on peut en conclure qu’il y a un signe d’une baisse de la qualité en droit. Aux Etats-Unis la question est chaudement débattue, ainsi un juge défend les adverbes de manière pour marquer l’intention, par exemple « dangereusement » peut être utilisé à la place de « comme en fou » dans un texte de loi sur la conduite automobilie. Dans un projet de data mining, il faut consacrer beaucoup de temps à la préparation des données. Légifrance n’est pas un outil de recherche historique. Le nombre de mots a beaucoup augmenté dans le Code civil. Certains adverbe ont disparu : le nombre de civilement a été divisé par 9, formellement divisé par 8, commodément, notoirement et indûment divisé par 5. Hériditairement a disparu. A l’inverse, « à tout moment » a beaucoup augmenté, commence son ascension en 1960 et accélère en 2000, alor qu’il était à peine présent dans le Code civil en 1804. Notamment, librement, manifestement et effectivement ont vu leur fréquence multiplié. En conclusion, la fréquence des adverbes en « ment » n’a pas tellement augmenté, la courbe est presque plate. Il n’y a donc pas dégradation de la qualité des articles du Code civil de ce point de vue, mais il conviendrait de mener un travail qualitatif sur ces nouveaux adverbes. Ainsi notamment est un signal politique, en 1804 il est utilisé une seule fois pour le divorce avec le consentement des parents, c’est garde-fou. Il faudrait mener ce travail également sur les arrêts de la cour de cassation. La stylométrie permet d’identifier un auteur, les trigrammes de lettre sont utilisés pour identifier l’auteur. « Précédemment, juridiquement et assurément » peuvent servir à exprimer un sentiment. Nissim Elkaïm note qu’un référé d’heure à heure permet de saisir la justice « à tout moment », mais est-ce que c’est civique ? On peut parler de baisse de la civilité car on est dans le « à tout moment ». Il faudrait peut-être chercher à faire des corrélations par pair, par exemple civilement et à tout moment. On pourrait aussi étudier des textes de doctrine de cette manière.

PY Verkindt se demande quelle est la part de la rhétorique dans l’évolution des adverbes ? Par exemple avec « assurément », celui qui parle est dans un univers de contestation et a besoin d’affirmer la valeur de sa proposition, un « notamment » pour un juge permet de suivre la loi, pour un auteur cela permet d’exprimer une humilité.

La recherche de « notamment » sur google ngramms montre que sa progression dans la langue courante est beaucoup plus régulière depuis le 19° siècle, or notamment explose en droit après la 2° guerre mondiale comme s’il y avait eu une normalisation, un rattrapage du langage courant. Autre hypothèse, en 1945 il faut reconstruire et il y a plus d’alternative qu’avant.

Frauduleusement, judiciairement, territorialement sont multipliés par 10 et médicalement apparaît, cela s’explique que le corps, lui aussi, est apparu (Alicia Mazouz).

Il y a deux contraintes proposées pour cette séance :

1.- Faire un oudropo,, avec des allitérations ou des assonnances (donc sans doute transformer un texte juridique préexistant mais on peut imaginer un texte créé de toute pièce) ;

Viveca Mezey

  1. 228-3-2 al. 1 du Code de commerce

L’intermédiaire qui a satisfait aux obligations prévues aux septième et huitième alinéas de l’article L. 228-1 peut, en vertu d’un mandat général de gestion de titres, transmettre pour une assemblée le vote ou le pouvoir d’un propriétaire d’actions ou d’obligations.

NB Les obligations visées imposent à l’intermédiaire d’effectuer certaines déclarations et donner des informations concernant le propriétaire.

Allitération avec des consonnes labiales : p, b, f, m, v.

Après avoir performé, le plénipotentiaire peut transmettre pour l’assemblée le vote ou le pouvoir d’un propriétaire d’actions ou d’obligations.

Allitération avec des consonnes vélaires (celles qui sont prononcées avec la voûte du palais) : k, g, w

 

Pour le conventicule, l’alter ego peut daigner de signifier le jugement ou d’être l’exégète d’un capitaliste, une fois la kyrielle finie, l’agrément de grailler donné.

Pour le conventicule (assemblée), l’alter ego (l’intermédiaire) peut daigner de signifier le jugement (le vote) ou d’être l’exégète (être détenteur d’un pouvoir) d’un capitaliste, une fois la kyrielle finie (exécution des obligations), l’agrément de grailler donné (le mandat de gestion de titres).

Isabelle Ta note qu’il existe déjà dans le Code civil des textes allitérés,

Par exemple article 1017 CC :

Les héritiers du testateur, ou autres débiteurs d’un legs, seront personnellement tenus de l’acquitter, chacun au prorata de la part et portion dont ils profiteront dans la succession.

Ils en seront tenus hypothécairement pour le tout, jusqu’à concurrence de la valeur des immeubles de la succession dont ils seront détenteurs.

Les définitions proposées des allitérations et consonances dans le dictionnaire des figures de style de N. Ricalens-Pourchot :

Allitération (etym. Mot « probablement emprunté (1761) à l’anglais alliteration (1656) formé de action directe (->à) et de littera (-> lettre) sur le modèle de adlocutio (Le Robert, dictionnaire historique de la langue française)

Définition : « C’est une répétition des consonnes initiales (et par extension des consonnes intérieures) dans une suite de mots rapprochés. L’allitération peut être un procédé de style » (Le Petit Robert).

‘Jeu de consonnes’

L’allitération volontaire est considérée comme une figure de style par l’effet d’expressivité qu’elle créé ; elle attire l’attention sur la teneur sonore de l’énoncé et par sa fonction imitative.

Pour qui sont ces serpents qui sifflent sur vos têtes ? (Racine, Andromaque, acte V, scène III).

Les occurrences des s suggèrent inévitablement le sifflement des serpents

Un frais parfum sortant des touffes d’asphodèles. Les souffles de la nuit flottaient sur Galgala (V. Hugo, La légende des siècles, « Booz endormi »)

Les occurrences des sons f suggèrent la légèreté. Toutefois, l’interprétation du retour des sonorités reste délicate. La répétition des p et t dans l’exemple suivant évoquerait le bruit léger et répété des gouttes de pluie contre une vitre de même que la répétition des l créérait une certaine impression de douceur et de tristesse :

La pluie froide et tranquille qui tombe lentement du ciel frappe mes vitres à petits coups comme pour m’appeler ; Elle ne fait qu’un bruit léger et pourtant la chute de chaque goutte retenti dans mon cœur (A. France, La vie littéraire, 1910)

Assonance (Etym. C’est un emprunt d’époque classique (av. 1690) à l’espagnol asonancia (1625) du verbe asonar, lui-même du latin asonare, adsonare ‘répondre à un son par un autre’ » (Le Robert, Dictionnaire historique de la langue française)

Définition : C’est le retour à intervalles rapprochés d’un même son vocalique (= d’une voyelle) dans une phrase.

‘Jeu de voyelles’

Cette répétition peut être un simple procédé d’insistance ou peut avoir pour but de donner une certaine couleur à l’expression. Toutefois, comme pour l’allitération (=répétition de consonnes), l’interprétation peut en être subjective et délicate.

Exemple : Rimbaud a cherché tout un système de correspondances entre les sons et les couleurs, en donnant libre cours à son imagination hardie :

J’inventai la couleur des voyelles : A noir, E blanc, I rouge, O bleu, U vert, – je réglai la forme et le mouvement de chaque consonne […] Loin des oiseaux, des troupeaux de villageoises, que buvais-je, à genoux dans cette bruyère/ Entouré de tendres bois de noisetiers, […] Que pouvais-je boire dans cette jeune Oise – Ormeaux sans voix […]

(A. Rimbaud, Délire, « Alchimie du verbe)

Le retour du son oi traduit-il le vertige, les hallucinations dont souffre l’auteur ?

Verlaine exprime sa tristesse, sa nostalogie par des résonances particulièrement suggestives (la répétition des sons o, an et on) dans sa « chanson d’automne » :

Les sanglots longs des violons/ De l’automne / Blessent mon cœur / D’une langueur / Monotone (Verlaine, Poèmes saturniens)

Ils mettent en évidence que la répétition est censée avoir un effet d’expressivité, d’imitation. Elle invite alors à rechercher le sens de cette expressivité dans les textes du Code civil. Ici P et t paraissent traduire ou insister sur l’obligation. Ce texte vient peut-être des coutumes orales antérieures au Code civil et aussi d’universitaires et d’autres juristes qui ont appris la français par la rhétorique pas par la littérature. Ils alitèrent naturellement. Que traduit le le S ?

Alicia Mazouz propose justement une allitération en s qui apparaît comme peut-être révélateur des institutions :

Article L111-1 du Code de la Sécurité sociale :

« L’organisation de la Sécurité sociale est fondée sur le principe de solidarité nationale ».

Elle propose de le transformer ainsi :

La sécurité sociale

est soumise à l’idéal

de solidarité nationale.

Cela donne quasiment un petit poème mais pas tout à fait régulier 7/7/8 que l’on peut encore transformer en :

La sécurité sociale

est soumise à l’idéal

de solidité nationale

A un moment où peut-être la sécurité sociale va être remise en cause, ce poème rappelle l’importance pour la solidité de la nation de son existence.

PY Verkindt a cherché des assonances avec l’article 1240 CC “tout fait quelconque de l’homme, qui cause à autrui un dommage, oblige celui par la faute duquel il est arrivé à le réparer”

Ce qui donne :

“tout hominidé qui a endommagé un autre hominidé après avoir fauté sera obligé de réparer”

Il se peut que cette transformation ouvre l’article 1240 à des actions en justice contre et pour les grands singes. Autrement dit cette transformation étend à tous les grands singes le bénéfice de l’article 1240 CC.

PY Verkindt propose aussi une allitération avec le code de l’action sociale et des familles

L111-3-1 al 1

La demande d’admission à l’aide sociale dans les centres d’hébergement et de réinsertion sociale est réputée acceptée lorsque le représentant de l’Etat dans le département n’a pas fait connaître sa réponse dans un délai d’un mois qui suit la date de sa réception.

Cela donne :

La sollicitation d’admission à la réinsertion sociale est supposée acquise lorsque le suppôt de L’État dans le secteur n’a pas susurré sa réponse dans la latence d’un sixième de semestre qui suit la réception.

L’assonance concerne une répétition de voyelles, l’allitération les consonnes. Le son “s” ici rend l’article plus bureaucratique et presque sadique.

Emmanuel Jeuland propose à partir de :

« Art. 515-14 CC. – Les animaux sont des êtres vivants doués de sensibilité. Sous réserve des lois qui les protègent, les animaux sont soumis au régime des biens.

“Les zanimaux sont des zâtres vizant douze degrés de sensitivité. Sous réserve des oies qui font protèse, les zanimaux sont sous zun régime de zones insoumises.

Le sont z paraît traduire ici une certaine émotivité liée aux animaux, oies remplace loi pour faire le son zoies et donner un exemple d’animal.

2.- Contrainte introuvable : donner un résultat d’oudropo,, sans dire la contrainte qui est à son origine, la contrainte consiste à retrouver la contrainte initiale qui peut mais pas nécessairement être une contrainte se trouvant déjà répertoriée sur le site Oudropo.com. Cela pourrait être un exercice de révision idéal pour démarrer l’année !

Alicia Mazouz propose à partir de l’article 16-7 du code civil

Toute convention portant sur la procréation ou la gestation pour le compte d’autrui est nulle.

De dire :

toute convention portant sur la procréation ou la gestation pour le compte d’autrui est possiblement nulle

va vers le droit potentiel,

la contrainte est l’ajout d’un adverbe, cela change totalement le sens de la phrase montre que l’adverbe est le lieu de la réserve d’interprétation du juge

Quelle est la contrainte ayant donné : « les hitis tuent les titis ».

C’est la double contrainte de l’assonance et de changement de toutes les voyelles par une autre à partir d’un adage de droit fiscal :

les hauts taux tuent les totaux

Contrainte  pour la prochaine fois : croiser deux textes juridiques et prendre alternativement un mot dans chacun des textes à la suite les uns des autres (dans un article de loi, un attendu de principes, etc) ou bien opérer un enchevêtrement de textes plus aléatoire (peut-être aussi avec des courts textes de doctrine). Cela peut être fait de manière automatisée en mettant les deux textes en colonne. Autre formule encore : garder la structure d’un texte (mots de liaison) et prendre dans un autre texte les substantifs, adjectifs ou verbes, cela correspond à la contrainte oulipienne de la chimère.

La prochaine séance est fixée au 23 octobre de 13 à 15 h.