Le CABAZOR ou La Grande Inversion.

                          Léo Manougier.

Protégé par Cléo

 Rodropo,, de l’été et de l’automne 2017.

voir Prologue O.

« Quand je mange un légume, j’ai besoin qu’il provienne d’une chaîne d’amour ». Anonyme.

 

Chapitre 1.-Époque actuelle.

Le sandwich organique n’a pas de goût. Les tomates, la viande, le pain : tout est cheap. Décidément bio ne veut pas dire bon. Il termine souvent son repas du midi avec un chausson aux pommes pour accompagner son café. Au moins le sucre ne le decive jamais, même s’il limite son expectance de vie. Le soleil commence à pénétrer son bureau comme chaque fois à ce moment de la journée et de l’année. Pour éviter que la pièce ne devienne étouffante, il baisse le store et ferme la fenêtre qu’il garde ouverte les matins de canicule. Il jette un œil à la grande cour magnifique et toujours vide où grandissent plusieurs merisiers. Elle a été revêtue de grandes lattes de bois exotique qui entourent les larges parterres où poussent des plantes sauvages autour des arbres. Le comité d’hygiène et de sécurité n’a pas validé l’accès public à la cour car les lattes de bois qui avaient été posées à grand frais sont glissantes et potentiellement dangereuses.

Philippe s’apprête à vérifier les accontes complexes d’une des familles les plus riches de France. En raison du renforcement des contrôles, il devient de plus en plus difficile de faire disparaître des revenus. Il faut multiplier les sociétés intermédiaires dans différentes locations. Il s’y emploie avec Nabila, sa partenaire lawyeure spécialisée en droit des affaires et fiscalité. Dans leur idée, ils ne font rien d’illégal même s’ils frôlent souvent la limite. Dans une époque où il faut tout maximiser, ils sont les spécialistes de la triple optimisation (fiscale, financière, sociale). Au final, il est fatigué de ce métier qu’il exerce depuis plus de vingt ans. Le café n’a pas réussi à le booster.

Pour ne rien arranger, il vient de recevoir de l’héritier de cette riche famille, le directeur général de la holding qui porte son nom, Jacques de Saint M’Hervé, une demande d’avis portant sur un risque contentieux apparu tout récemment. Ils sont menacés d’un énorme procès qui pourrait potentiellement les mettre sur la paille. Le client demande comment on pourrait provisionner une action de groupe qui devrait bientôt être engagée contre eux et qui pourrait prendre des années, ou à l’inverse quelques heures seulement en application de la nouvelle ordonnance d’e-justice du 27 août dernier, ce qui est encore plus inquiétant. C’est très confidentiel et il a d’ailleurs du signer un engagement spécifique de privacy par retour de courrier encrypté avant qu’on ne lui fournisse les détails. Il vient juste de les recevoir et doit se plonger dans ces documents pour préparer une réunion qui doit avoir lieu, avec le client, en fin d’après-midi.

La demande d’avis lui passe un peu au-dessus de la tête comme si elle n’avait guère d’importance car il est préoccupé par un problème familial. Non pas à propos de sa vie de couple qui est un naufrage depuis longtemps, ni à propos de son fils ou de sa fille qu’il ne voit guère, mais à cause d’une sorte de grain de sable qui s’est glissé dans les circuits pourtant bien huilés de sa routine. Grâce à ses revenus, il s’est construit une situation sécurisée qui le met à l’abri de la gêne qu’il a connue, enfant, quand il vivait en Bretagne. Pourtant, un détail a légèrement fendu le pare-feu. Rien de grave, quelque chose d’insignifiant, un trouble superficiel, songe-t-il.

Il décide de sortir de son bureau du 4° étage pour aller faire un tour.

voir chapitre 2 ; chapitre 3.