Le Cabazor ou la grande Inversion.

    Léo Manougier.

Rodropo,, de l’été et de l’automne 2017.

voir Prologue O ; chapitre 1chapitre 2  4.

« Quand je mange un légume, j’ai besoin qu’il provienne d’une chaîne d’amour ». Anonyme

 

Chapitre 5.- Époque actuelle.

Pour répondre à la question qui le travaille intérieurement, Philippe se dirige, au sein de la  librairie de théologie comparée dans laquelle il vient de pénétrer, vers le rayon des livres consacrés au Sacré-Cœur. Il en ouvre quelques uns at random et lit quelques lignes. Il y a des livres sur différentes institutions : lycées et églises du Sacré-Cœur à Bangalore, à Saïgon, à Québec ou ailleurs. D’autres livres traitent des missions menées dans le monde entier pour répandre ce culte.

De son point de vue, il ne trouve que bondieuseries. Il n’a pas reçu d’éducation religieuse et ne comprend rien à ce qui lui semble plus étranger que la mythologie des Apaches. Personne d’autre ne parait s’intéresser à ces vieux livres poussiéreux au propre et au figuré. Il se sent perdu et ne sait par où commencer. Il ressent une forte envie de renoncer. Il prend un gros livre au hasard et à travers l’emplacement vide, il voit de l’autre côté du rayon, en face de lui, une jeune femme qui s’est mise sur la pointe des pieds pour replacer un livre. Elle paraît surprise de le voir ainsi en face d’elle, mais disparait aussitôt. Il longe le rayon jusqu’au bout ; elle marche en faisant des petits pas. Arrivée à sa table, elle reprend les lunettes qu’elle avait posées et ouvre le vieux livre qu’elle vient de rapporter du rayon. Elle donne l’impression de ne pas savoir qu’elle a été suivie. Il a gardé un fond de timidité, pourtant il lui semble assez naturel de lui parler. Elle dégage une autorité simple.

– Bonjour, peut-être pourriez-vous m’aider ?

– Oui ? fait-elle en relevant la tête comme si elle ne l’avait pas vu une minute auparavant dans les rayons de la librairie.

– Je cherche un livre sur le Sacré-Cœur.

– Ils sont là-bas, elle lui désigne le secteur dont ils viennent tous les deux de revenir.

– Oui, j’y suis allé, je vous y ai vue, enfin je ne sais pas par où commencer et je n’y obtiens rien.

– Crarie ! vous n’y comprenez rien et vous voulez savoir quelque chose, c’est mal parti.

– J’ai une raison familiale, il explique en deux mots.

Dans la salle de lecture, quelques moines plongés dans des incunables et de vieux livres imprimés lèvent des yeux vagues, peut-être un peu choqués par cette conversation, quoique n’en voulant rien laisser paraître.

Elle paraît intriguée et ennuyée :

– Nous ne pouvons pas parler ici, j’ai quelque chose à finir mais nous pouvons, si vous voulez, prendre un verre à la cafét’, et elle ajouta : si vous avez le temps de m’attendre.

Il n’a pas vraiment le temps, mais décide de le prendre d’autant qu’il pourra travailler dans la cafétéria de l’Institut de Théologie.

Voir chapitre 6 ; chapitre 7.