La Passerelle des Ondes.

    Léo Manougier.

                     Rodropo,, de l’été et de l’automne

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« Quand je mange un légume, j’ai besoin qu’il provienne d’une chaîne d’amour ». Anonyme.

Chapitre 53.- Époque actuelle.

Philippe observe à travers la coupole transparente, pendant plusieurs minutes, son voisin le regarder ainsi de travers sans bouger. A cette distance d’une vingtaine de mètres, il ne parvient pas à être certain de son état. Il doit cependant tirer la seule conclusion possible : c’est un homme mort. Il avertit la police. On lui dit de ne pas bouger et de ne pas chercher à intervenir. Il reste au troisième étage le temps que les forces de l’ordre arrivent.  Sa femme et ses enfants sont partis dans sa belle famille pour les fêtes.

Il entend la police pénétrer bruyamment dans les locaux du Maharadjah puis l’observe à travers la coupole protéger la scène de crime. La journée paraît ordinaire et pourtant une personne est morte violemment cette nuit dans ces locaux. Deux policiers en civil montent enfin l’interroger.

Il est curieux cet immeuble, fait un inspecteur d’une quarantaine d’années, pas très grands, paraissant sportifs, avec un accent du sud-ouest, il faut prendre l’escalier de secours pour arriver jusqu’au troisième étage ?

Tarsa, répond d’un ton mécanique Philippe, nous avons réussi à diminuer les charges au maximum. On peut dire que c’est un immeuble où il n’y a quasiment plus de partie commune et où ce qui est collectif a été réduit au minimum. Le second étage a été privatisé et s’est réservé l’accès à l’escalier principal. Si bien que nous devons utiliser l’escalier de secours. Le dernier étage, le 5°, a réussi à privatiser l’ascenseur car le premier ne voulait pas payer pour les autres et que du coup la somme devenait élevée pour ceux des autres étages. L’acheteur de l’ascenseur le loue ensuite à ceux des étages d’en dessous qui en ont besoin, pour des déménagements notamment. Le 3° et le 4° utilisent l’escalier de secours comme vous avez pu le constater. 

– Et pour les poubelles, çà se passe comment ? redemande le policier avec sa pointe d’accent, en interrompant Philippe.

Chacun a ses poubelles, explique Philippe, qu’il met lui-même sur la rue et il n’y a plus de ménage collectif, chacun le fait ou le fait faire pour sa partie. Enfin, le premier étage et les sous-sols appartiennent, appartenaient, veux-je dire, au Maharadjah. 

Le Maharadjah ?

Oui je veux dire Monsieur Shomashakar, mais tout le monde l’appelle, l’appelait le Maharadjah. Il a fait construire sa propre entrée principale.

Sans autorisation ? demande abruptement le policier qui le fixe.

Oui à vrai dire, je n’étais pas très content. Je n’ai pourtant jamais souhaité sa mort si c’est à çà que vous frontez. Quand je suis revenu ce matin de mon réveillon de noël et que je l’ai vu à travers sa coupole, j’ai regretté de m’être fâché contre lui, il était plutôt sympathique.

– On peut vous redemandez où vous avez passé le réveillon de Noël, fit le policier avec son accent.

– Oui, pas tout à fait, enfin je veux dire « tout à fait », j’étais avec un de mes importants clients et ami, le président Saint M’Hervé de la société du même nom.

– Et vous faites quoi dans la vie ? redemande l’inspectrice aux cheveux très blonds en chignon qui vient de lever la tête de sa tablette et qui ne paraît pas s’être renseigné avant de commencer l’enquête de voisinage.

Je suis acconteur, c’est comme cela que je connais le président Saint M’Hervé.

D’après notre fichier, ajoute-t-elle, vous avez récemment été interrogé par la police à propos d’une dame que l’on a retrouvé morte dans un champ de choux.

C’était ma grand-mère, on ne sait pas très bien comment elle est morte.

D’après ce que je lis, elle s’est ouvert la tête en tombant.

Oui c’est ce que les policiers ont dit.

Vous n’avez rien observé de particulier en arrivant ce matin ? reprend l’inspecteur avec son accent du sud-ouest.

A part ?

Oui à part… le mort ?

Non je ne crois pas, au fait il est mort de quoi ?

– Un coup de couteau dans la carotide, répond froidement l’inspecteur. Avec la pointe, l’assassin a ensuite écrit le mot Kabazor au niveau de son cœur, est-ce que ce mot vous évoque quelque chose ?

Philippe pâlit et n’a pas le temps de fronter. Il répond bêtement comme pour détourner l’attention :

– Non, on dirait un nom de la guerre des étoiles.

Le policier n’a pas relevé la tête de ses notes et sans donner davantage d’information termine :

– S’il vous revient quelque chose, n’hésitez pas à nous appeler. Vous allez être convoqué au commissariat du XX°, sans doute demain, on vous appellera.

Les deux policiers partent frapper aux autres portes de l’immeuble en empruntant les différents escaliers et ascenseur qui ont fini par donner un caractère labyrinthique à ce bâtiment.

« Qui a bien pu faire çà ? » Se redemande Philippe.

Voir chapitre 54, 55