Le Cabazor ou la grande Inversion.

    Léo Manougier.

                       Rodropo,, de l’été et de l’automne

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« Quand je mange un légume, j’ai besoin qu’il provienne d’une chaîne d’amour ». Anonyme.

Chapitre 44.- A l’époque.

Selon les passagers de la diligence, il fallait durcir les lois, ratisser la forêt et pendre ces voyous. Une voix se détacha, celle d’un prêtre anglican, celui-là même qui avait eu un malaise. Il se présenta comme étant le vicaire de Drexham, je ne savais point du tout où cela pouvait se situer  :

En même temps s’il n’y avait point eu cette affreuse enclosure – un mot que je ne connaissais pas non plus – de la plus grande partie de la forêt de Westminster et une déforestation qui s’en est suivie, ces paysans-forestiers ne seraient jamais devenus des hors-la-loi.

Les enclosures c’est l’avenir, s’énerva un homme devenu rouge que l’on me présenta ensuite comme un député du parlement du nom de Payton. C’était celui qui avait perdu le plus d’argent dans l’embuscade.

C’est peut-être l’avenir pour les riches propriétaires, point pour les pauvres, fit le vicaire.

– C’est sans doute l’avenir pour tout le monde, fit un monsieur étrange habillé en noir avec un fort accent italien, mais il y aura des perdants.

Je demandais à ma voisine, visiblement une commerçante ce que signifiait ce mot d’enclosure. Elle me répondit en messe basse.

C’est quand un espace où tout le monde pouvait venir ramasser du bois, des fruits, des champignons et faire paître ses bêtes, ce que l’on appelle un common, est enfermé par une clôture soit pour faire paître des moutons soit pour planter des céréales sur une grande surface en y mettant de l’engrais.

Pourquoi ils ne pourraient point continuer à y faire paître leur bête dans leur forêt ? L’interrogeai-je sans rien comprendre.

Mais parce qu’il y a déjà les moutons d’un gros propriétaires ou ses céréales qu’il veut protéger.

La député Payton qui nous avait entendu ajouta :

Grâce à l’enclosure on peut produire davantage et nourrir plus de monde, on ne s’oppose pas au progrès comme le dit monsieur en désignant l’homme en noir avec un fort accent italien.

Le vicaire ne se laissa pas convaincre :

Le progrès sans justice n’est point le progrès mais le règne du plus fort.

Mais tout est légal, réagit le député, et les propriétaires ont des titres de propriété, ils font ce qu’ils veulent, je ne vois aucune injustice là-dedans.

Ils ont des titres que leur fabriquent leurs sollicitors mais les pauvres gens qui n’ont plus de quoi vivre devraient bénéficier de coutumes qui sont ainsi ignorés, repartit le vicaire.

Ma doué guénizette ! Ils voudraient qu’on respecte leur loi alors qu’ils attaquent les honnêtes gens ! Ils n’ont qu’à les prouver leur coutume, renvoya Payton qui visiblement avait l’habitude des débats.

Il n’y a point d’évidence. Ce sont des coutumes orales difficiles à établir et en général les juges sont plutôt du côté des propriétaires.

Ils sont du côté des propriétaires car ils ont des titres, c’est aussi simple que cela.

C’est facile de fabriquer des titres, le vicaire de Drexham commençait à se répéter et à être à court d’arguments.

Le grand juge Godfrey a d’ailleurs condamné ces paysans efféminés à payer un loyer au propriétaire s’ils voulaient continuer à jouir de cette partie de la forêt, conclut le député Payton.

Le mari de ma voisine, commerçant de son état, alla dans son sens :

De toute façon rien ne peut justifier le vol et de s’en prendre ainsi à des innocents, le roi doit faire le ménage à moins qu’il n’ait intérêt au désordre.

La conversation commençait à s’enliser quand nous entrâmes dans les faubourgs de la ville. Peu de temps après nous pénétrâmes dans le centre qui était en plein travaux. Le grand incendie avait eu lieu moins de dix ans auparavant et la reconstruction n’était point achevée. On voyait partout surgir des immeubles et des hôtels particuliers en pierre. On n’utilisait plus le bois que pour les échafaudages que l’on voyait dans toutes les rues. La ville serait ainsi pour toujours protéger des incendies.

Le palais pimpant neuf dans lequel j’allais vivre se trouvait dans Saint James Park tout près de Buckingham Palace. Je compris que nous allions habiter chez le duc et la duchesse d’York.

voir chapitre 45, 46