Le Cabazor ou la grande Inversion.

    Léo Manougier.

Rodropo,, de l’été et de l’automne

voir Prologue O ; chapitre 1chapitre 2 ;  4 ;  5 ; 6 ; 7; 8 ; 9 ; 10 ; 11 ; 12 ; 13 ; 14 ; 15, 16, 17, 18, 19, 20, 21, 22, 23, 24, 25, 26, 27, 28, 29, 30

« Quand je mange un légume, j’ai besoin qu’il provienne d’une chaîne d’amour ». Anonyme.

Chapitre 32.- A l’époque.

Marie-Rose avait laissé un mot à mon attention  : « J’entre dans le Cabazor ressuscité de J,ésus qui prend par la même façon la place de mon propre cœur uni à celui de la Colombière. A toi asteure, ma chère Eva, de mener à bien ta mission. Prends bien soin de ne jamais tirer le bien de sa source». Je n’ai guère compris ce qu’elle voulut dire par « ne jamais tirer le bien de sa source ». Elle était comme çà, à sortir des phrases qui faisaient songer ! Je pris une double décision : ne point montrer ce mot à quiconque et ne point acconter cette vision du triple cœur.

Ce fut sans doute une femme visionnaire et intelligente, mais aussi un être torturé et sans limite. Depuis toutes ces années, je n’ai plus ressenti l’affection que je ressentis pour elle à notre première encontre.

Après avoir découvert sœur Marie-Rose, enraidie, j’alertais la sœur surveillante. Elle s’occupa de tout discrètement. Elle nota en inspectant la tasse sur sa table de chevet que Marie-Rose s’était empoisonnée avec une décoction de fruits d’if. Elle ajouta comme pour elle-même : « Dire que l’if est le symbole de l’éternité ». Il y avait en effet au fond de la tasse des baies rouges qu’elle me montra. Je fus conduite au milieu de la nuit dans le bureau de la mère supérieure, Bénédicte Orvières. Elle ne ressemblait guère à Mme de Rochechouart, la supérieure de Saint-Orsan si raffinée et dominatrice. La femme devant moi respirait la simplicité et l’intelligence. Elle me reçut dans un coin de son bureau où se tenaient deux fauteuils en osier.

Elle avait une autorité naturelle et ne s’adressa point à moi de manière maternelle. J’eus le sentiment d’être à son niveau. Elle parlait à quelqu’un en moi que je ne connaissais point. Elle était belle mais ne paraissait pas s’en soucier. Elle paraissait songer en permanence et ses phrases étaient longuement muries avant d’être exprimées. Le fait d’être au milieu de la nuit entre deux messes rendait plus mystérieux encore ce rendez-vous à la lumière de la bougie.

Elle me causait de choses et d’autres comme si elle voulait ramener cette étrange nuit à la réalité quotidienne. Elle me laissa tranquille quelque temps m’apportant simplement un verre d’eau. Je crois que j’ai regardé dans le vide pendant de longues minutes. Puis, elle s’est assiétée en face de moi, l’air bienveillant. Je songeais bêtement que je ne pourrais point retourner me coucher auprès d’une morte. Finalement, Bénédicte Orvières se décida à deviser en profondeur.

Voir chapitre 33, 34