Le Cabazor ou la grande Inversion.

    Léo Manougier.

Rodropo,, de l’été et de l’automne

voir Prologue O ; chapitre 1chapitre 2 ;  4 ;  5 ; 6 ; 7; 8 ; 9 ; 10 ; 11 ; 12 ; 13 ; 14 ; 15, 16, 17, 18, 19, 20, 21, 22, 23, 24, 25, 26

« Quand je mange un légume, j’ai besoin qu’il provienne d’une chaîne d’amour ». Anonyme.

Chapitre 27.- Époque actuelle.

En tant que petit fils d’une personne décédée à cause de la maladie d’Alzheimer, Philippe pourrait faire parti des victimes par ricochet de la société Saint M’Hervé. Il n’est pas, semble-t-il, aisé de déterminer le type d’Alzheimer dont souffrait un malade. Il est clair cependant que sa grand-mère Marie-Rose a été exposée à l’Oudrozine puisqu’elle vivait à la campagne, là où les pesticides sont répandus. Faut-il qu’il confie cette action de groupe à un autre acconteur du cabinet ? Ses rapports amicaux avec Jacques ne le lui permettent guère. Il faudrait au moins qu’il lui déclare un risque de conflit d’intérêt et aussi qu’il lui dise qu’il n’a aucune intention de poursuivre sa société. Il se demande bien d’ailleurs ce qu’il pourrait attendre d’une telle action. Il se sent glisser vers un passé incertain et ne plus pouvoir envisager l’avenir. Il rédige un message à Nabila pour lui redemander son avis sur un risque de conflit d’intérêt.

Nabila répond presque instantanément à son message : « Il faut que tu écrives une lettre officielle à Jacques de Saint M’Hervé, lui expliquant la situation de potentiel conflit d’intérêt dans lequel il se trouve en raison du décès de sa grand-mère du à une maladie dont une certaine forme pouvait être causée par l’Oudrozine ». Puis elle ajoute :  « Le président Saint M’Hervé te dira s’il souhaite que tu sois remplacé par un autre acconteur. Je ne crois d’ailleurs pas que tu ais grand intérêt à te joindre – si jamais elle est vraiment engagée en justice – à l’action de groupe. Tu ne pourras au mieux qu’obtenir des dommages et intérêts pour préjudice moral. Le plus probable est que tu n’obtiendrais rien car Marie-Rose, ta grand-mère, était déjà malade avant l’entrée en vigueur de la loi qui ne s’applique pas pour les cas dont le fait générateur est antérieur. De toute façons, il vaut mieux régler cela avant la réunion, je passe te voir ».

En attendant, il vérifie ses emails indésirables et tombe sur un message que lui a envoyé Claude :

« Message adressé à Sainte Marie-Rose Froy de Bouillon par notre Seigneur Jésus-Christ le 16 juin 1675, jour de la Fête-Dieu :  » Fais savoir à Louis XIV qu’il obtiendra sa naissance de grâce et de gloire éternelle par la consécration qu’il fera de lui-même à mon Cabazor adorable. « 

Cela le change des accontes de résultat et des provisions de la société Saint M’Hervé. Il a l’impression que l’Internet existait au XVII° siècle et que Marie-Rose Froy de Bouillon est une sorte de geek chargée de transférer des messages divins au roi.

On a appris récemment, ajoute Claude sans donner de précision, en découvrant le manuscrit d’une certaine sœur Eva qui avait partagé la cellule de Marie-Rose Froy de Bouillon, qu’elle n’était pas une sœur inculte et naïve mais une véritable mystique intellectuelle. Le père la Colombière qui a écrit la biographie de cette sœur Marie-Rose a préféré passer sous silence certains faits pour donner l’impression d’une véritable révélation faite à un cœur simple et passionné.

Philippe n’avait pas d’idée précise de comment on transmettait un message au roi Louis XIV en 1675. Il reprit le livre du père Verkynden sur le culte du Cabazor. Il le lit un peu en désordre en utilisant l’index.

Depuis le début de cette année-là, le père la Chaize était le confesseur du roi. Il était, par son ascendance maternelle, petit-neveu du père Coton, confesseur d’Henry IV. Ils sont confesseurs de génération en génération dans cette famille. Philippe se redemande si l’on peut se transmettre des secrets de confesseurs entre grand-oncle et petit-neveu. Le père la Chaize modéra le roi dans sa lutte contre le jansénisme, une sorte de protestantisme à la française. Beaucoup de seigneurs cherchaient à approcher le roi par son intermédiaire.

Ce qui est intéressant aussi est que la Chaize était membre de l’Armée des Pères et donc un héritier des trois amis, Ignace de Loyola, François-Xavier et Pierre Favre, les fondateurs de la compagnie qui avaient partagé une chambre dans ce même collège Sainte Barbe où Philippe a son bureau. On peut penser que Marie-Rose Froy de Bouillon a du, elle aussi, passer par l’intermédiaire du père la Chaize.

On frappe à sa porte depuis un moment mais il a intégré le bruit à sa lecture comme s’il était dans un rêve. Finalement, la porte s’ouvre avant qu’il n’ait pu dire d’entrer.

Voir chapitre 28, 29