Le Cabazor ou la grande Inversion.

    Léo Manougier.

Rodropo,, de l’été et de l’automne 2017.

voir Prologue O ; chapitre 1chapitre 2 ;  4 ;  5 ; 6 ; 7; 8 ; 9 ; 10 ; 11 ; 12 ; 13 ; 14 ; 15

« Quand je mange un légume, j’ai besoin qu’il provienne d’une chaîne d’amour ». Anonyme.

 

Chapitre 16.- A l’époque.

La Colombière s’en prit aussi à Jean Eudes dont il lisait des passages de son livre sur le Cabazor de J,ésus et de Marie en me prenant à partie. Il était furibond :

– Il attire les foules vers son ordre avec des prêches fourrés de superstition. Il a créé un médaillon avec les cœurs de Marie et de J,ésus inversés pour pouvoir guérir toutes les maladies, prétend-il. Il a été embobiné par cette sorcière irlandaise, Marie des Vallées, Mary of the Valley. Je suis certain qu’elle est sa maîtresse.

Cela devint une obsession chez lui. J’eus l’impression qu’il détestait encore plus Eudes, le catholique fanatique, que Goodwin, le protestant conceptuel. J’espérai ne point être allée trop loin dans mes traductions. Il n’était effectivement question ni de la vierge ni des anges dans le livre de Goodwin. Certains passages sur la Trinité étaient si compliqués que je ne parvins à leur donner du sens qu’en les simplifiant.

Pendant notre voyage, nous fumes épargnés par les voleurs, même dans les forêts que nous traversâmes. Cependant, un jour qu’il pleuvait à « vache qui pisse », nous faillirent nous noyer. Les chevaux tirant notre voiture s’étaient engagés sur un gué au milieu d’une rivière alors qu’ils avaient encore pied. Le niveau d’eau augmenta si brutalement que les chevaux durent se mettre à nager. Ils commencèrent à être emportés par le courant quand des paysans arrivant sur l’autre rive intervinrent. Un jeune paysan se jeta dans le courant avec une corde pour venir entourlier la tête du cheval de tête pendant qu’à l’autre bout leurs bœufs tirèrent. Nous nous en sortîmes de justesse car notre véhicule était resté coincé, grâce à la corde, dans un rocher au milieu de ce puissant et soudain torrent.

La Colombière remercia et bénit tout le monde. Il en conclut que notre mission était placée sous la protection de D.ieu. Le jeune paysan aurait bien aimé une récompense plus sonnante et trébuchante, mais La Colombière lui dit qu’il serait payé au centuple dans l’au-delà. A voir l’air sceptique du paysan, je me dis qu’il se faisait peut-être une idée assez exacte de l’injustice qui régnait dans ce monde-ci comme dans celui-là. Je dus changer de vêtement derrière un bosquet avec une tenue de paysan que le père la Colombière acheta pour moi. J’eus un instant l’envie de fuir, mais pour aller où ? J’aurais peut-être mieux fait de m’éclipser, après tout.

Voir chapitre 17, 18