PV infidèle de la séance 1 du 14 septembre 2017.

Oudropo,,

La contrainte pour faire ce PV, selon la dernière résolution de la séance, est de ne pas chercher à être fidèle à ce qui a été dit. L’essentiel de la séance ne peut d’ailleurs être transcrit : la présence d’une légèreté sérieuse et rieuse.

Les présents : Linxin He, Viveca Mezey, Romain Rousselot, Liza Veyre, Manon de Fallais, Pierre-Yves Verkindt, G. Simiand, Alicia Mâzouz, Isabelle Ta et E. Jeuland.

Excusés : M. Frédéric Martin, David Lemberg, Camille Porodou et Jean Houget.

Le thème annuel 

Il a été décidé que le thème annuel des ateliers de création juridique Oudropo,, serait le droit et les nouvelles technologies en lien avec le séminaire de théorie du droit. Nous essaierons donc de créer du droit potentiel en utilisant les NT ou en s’appuyant sur du droit concernant les NT (Isabelle Ta).

A la recherche des jurisconsultes 

Tous les oudropiens intéressés peuvent rechercher dans les rues de jurisconsultes des traces de droit que le grand juriste du passé aurait laissé, tels des fantômes, dans la rue dont il porte le nom (photos, vidéos sont les bienvenues, elles peuvent être envoyées à Alicia Mâzouz l’auteur du magnifique site Oudropo.com avec Joan Muller le créateur technique du site ou à Emmanuel Jeuland).

Remarques générales sur les contraintes 

Plusieurs remarques générales peuvent être regroupées : on est totalement libre des contraintes que l’on se fixe, plusieurs contraintes sont possibles pour le même texte même si on aboutit à une disposition qui n’a aucun sens. Le commentaire de l’Oudropo,, fait à plusieurs est aussi important que l’Oudropo,, stricto sensu car il permet de découvrir du sens là où l’oudropien n’en avait pas vu au premier regard (de même que le commentaire du rêve est aussi important que le rêve). Le texte sur lequel on travaille appelle des contraintes (voir exemples ci-dessous) en ce sens que selon l’article de loi on emploiera plutôt telle contrainte que telle autre. Il peut exister des contraintes invisibles voire des contraintes inconscientes (voir ci-dessous).

La contrainte du jour : l’article 343 du Code civil 

L’exercice principal de la séance a consisté à faire des Oudropos à partir d’un article du Code civil tiré au sort sur Tirokdo, l’article 343 :

« L’adoption peut être demandée par deux époux non séparés de corps, mariés depuis plus de deux ans ou âgés l’un et l’autre de plus de vingt-huit ans ».

Ce texte appelle plusieurs contraintes notamment des contraintes de négation (raisonnement a contrario V. ainsi le travail de Linxin He sur l’article 343 : la non adoption ne peut être donnée par deux époux séparés de corps, mariés depuis moins de deux ans et âgés l’un ou l’autre de plus de 28 ans) et des contraintes de chiffre. La virgule centrale appelle aussi une possibilité d’appliquer une contrainte différente à la première et à la seconde partie.

Les évènements de la séance :

0.- La remise à jour de l’importance des adverbes en droit

Viveca Mezey propose une contrainte d’adverbe :

L’adoption peut être notamment demandée par deux époux manifestement non séparés de corps, mariés amoureusement depuis plus de deux ans ou âgés l’un et l’autre de plus de vingt-huit ans.

Les adverbes jouent un rôle plus important en droit que dans le reste de la langue (manifestement, notamment, etc.). Ils produisent une marge de manœuvre pour le juge ou parfois des restrictions. Ils sont une expression du principe de proportionnalité. Ils peuvent selon Pierre-Yves Verkindt jouer un rôle de qualification d’une condition (manifestement) ou d’étendue de la règle (notamment). Un article de doctrine serait possible sur le sujet (voir déjà en anglais un article du New York Times sur le droit et les adverbes). Ils peuvent conduire aux confins du droit (l’adverbe « amoureusement » est difficile à vérifier pour un juge).

PY Verkindt propose d’ailleurs de faire du notamment au carré :

L’adoption peut être notamment demandée par deux époux notamment non séparés de corps, mariés notamment depuis plus de deux ans ou âgés l’un et l’autre notamment de plus de vingt-huit ans.

M. Rousselot fait remarquer qu’en Algérie le « notamment » a le sens inverse de son sens en France car il vient limiter la liste et non donner des exemples d’application (il s’agit d’une algéritude, du français d’Algérie).

1.- Le premier anagramme juridique répertorié de l’histoire (peut-être)

M. Simiand a utilisé un script informatique pour déterminer les principaux anagrammes possible dans l’article 343.

343 est d’ailleurs un chiffre qui peut se lire dans les deux sens (c’est un palindrome).

– « l’apondie (ce qui veut dire : ce qui est posé à côté) peut être demandée par deux époux non réparés de corps, raimés (au sens où ils se re-aiment) depuis plus de deux ans ou âgés l’un et l’autre de plus de vingt-huit ans ». (il semble que certains de ces anagrammes soient des suissitudes, du français de Suisse)

– commentaire : l’adoption n’est possible que par un couple qui s’est aimé, s’est dés-aimé et s’est re-aimé (Titres d’une série de pièces de théâtre) tout en n’étant réparés de corps. Il faut que le couple ait connu tout un parcours de vie, de sentiment et de relations sexuelles pour être en mesure d’adopter. C’est très prescriptif et difficile à apprécier pour un juge.

2.- La première double contrainte ou double bind

En psychologie la double contrainte consiste à contraindre quelqu’un à faire deux choses contradictoires pour le rendre fou. En Oudropie, la double contrainte consiste à faire subir à un texte de loi deux contraintes sur deux parties différentes. Cela peut conduire à rendre le texte fou :

Premier contrainte, les antonymes sur la première partie de l’article 343, deuxième contrainte les inversions dans la seconde partie :

L’abrogation (anonyme d’adoption) ne peut être demandée par deux célibataires non liés par l’esprit, mariés depuis moins de deux ans et âgés l’un ou le même de plus de 82 ans (82 est 28 à l’envers).

3.- La contrainte inconsciente conduisant à la redécouverte du concept juridique d’esprit

La contrainte inconsciente est proposée par Manon de Fallois.

L’adoption peut être demandée par un couple uni de corps et d’esprit au regard de la loi, mariés depuis plus de deux ans ou âgés l’un et l’autre de plus de vingt-huit ans.

Commentaire : ouvre l’adoption à tous les couples. Ce qui est inconscient est la survenue d’une formule quelque peu religieuse et du terme d’esprit. La discussion aboutit à la redécouverte du concept juridique d’esprit (qui se trouve en réalité dans le vocabulaire Cornu) avec une remarque : une personne qui n’est pas sain d’esprit peut faire une œuvre de l’esprit (l’art brut). Un sujet de thèse sur l’esprit en droit paraît envisageable (mais attention aux fantômes !).

4.- Le renouveau du visuel en droit pouvant impliquer de nouveaux symboles

Une contrainte officieuse des NT est que le lecteur est d’abord attiré par les visuels. Or, le droit est assez pauvre en visuel (Alicia Mâzouz).

Il convient donc de le développer si l’on veut que le droit remonte dans les référencements (on peut ne pas le vouloir mais l’on s’expose à voir passer devant d’autres formes de régulation mieux référencées, régulation éthique, technique, gestionnaire, etc.), ce que font les revues juridiques (Liza Veyre) depuis quelques années en associant des images à des articles (sans d’ailleurs en général que l’auteur de l’article choisisse l’image).

Nous imaginons avec difficulté le visuel de l’article 343 (deux personnes non séparés de corps paraît du point de vue de l’image assez platonicien).

Alicia Mâzouz présente le site en tant que contrainte notamment en raison du référencement et commente l’image de garde, ouvrant le site, dessinée par Mme  Cécile Huang : une branche faussement réaliste dont les bourgeons se referment tout en étant très féconds mais sans savoir où cela mène.

5.- Les contraintes sur les chiffres en droit

L’article 343 qui possède plusieurs chiffres appelle une contrainte de chiffre, ici elle consiste à multiplier par deux tous les chiffres :

Deux adoptions peuvent être demandée par quatre époux non séparés de corps, mariés depuis plus de quatre ans ou âgés l’un et l’autre de plus de 56 ans.

Commentaire : cet oudropo,, crée une communauté d’adoption pouvant unir les parents biologiques et les parents adoptifs, l’adoption plénière et l’adoption simple (Alicia Mâzouz).

Une discussion s’engage sur la raison d’être de l’exigence de 28 ans, pourquoi pas 30 ou 26 ? Liza Veyre se demande si cela ne s’explique par l’exigence d’un écart d’âge de plus de 10 ans avec l’adopté lorsqu’il est mineur (18 + 10 = 28).

On pourrait aussi dans une approche plus respectueuse des mathématiques multiplier par deux les chiffres de la première partie de l’article et diviser par deux les chiffres de la deuxième partie :
Deux adoptions peuvent être demandée par quatre époux non séparés de corps, mariés depuis plus de un an ou âgés l’un et l’autre de plus de 14 ans.

Commentaire : l’adoption par un couple de mineur pose néanmoins une difficulté.

6. Clôture de la séance et perspectives

La séance est close à 19 h 15 après que la date de la prochaine séance (le 14 novembre) ait été fixée. PY Verkindt va choisir une contrainte qu’il proposera à l’avance et que nous ferons connaître sur le site afin de pouvoir préparer la séance. Lors de cette séance une contrainte non connue à l’avance sera également proposée

(E. Jeuland a une idée de contrainte mystère qui suppose que chacun vienne avec un ordi ayant accès à des revues juridiques mais toute contrainte mystère est la bienvenue).

7. Discussion avec M. Simiand en descendant la rue Valette (un PV fidèle se serait arrêté à la porte de la salle des profs)

« – Pourquoi l’Oulipo puis l’Oudropo,, sont d’abord inventés en français ? demande EJ
– car la langue française est très contrainte et que c’est par les contraintes dans cette langue que l’on est créateur, répond GS.
– Sans doute aussi parce que la langue française s’est répandue en France à travers son usage obligatoire devant les tribunaux depuis l’ordonnance de Villers-Cotterêt au XVI° siècle (cette phrase n’a pas été prononcée mais il importe aussi dans un PV infidèle de reporter des phrases qui auraient pu être dites de même que Viveca Mezey est certaine avec une amie d’avoir entendue et aimée une chanson dans son enfance qu’elle chante encore aujourd’hui alors que la chanson n’existe pas).
– Il importe de développer la créativité en droit comme le font les facultés américaines notamment à Harvard (à partir d’un projet personnel). Faire faire des oudropos en deuxième année de droit serait possible mais ferait courir le risque d’envoyer les étudiants hors des limites du droit. Il peut donc servir à délimiter les frontières du droit.
– Peut-on dire que l’Oulipo a abouti à quelque chose et donc que l’Oudropo,, peut aboutir à quelque chose ? s’inquiète EJ.
– L’oulipo a comme grand intérêt de donner une grande souplesse d’esprit aux oulipiens, répond GS avant d’aller prendre son vélo ».

Le secrétaire, EJ

(PS : la forme juridique de l’Oudropo,, n’est pas retenue tant qu’elle n’est pas nécessaire).

Voir séance Oudropo,, à Science-Po